Deuxième film de Dario Argento présenté au Festival Lumière 2010, Phenomena est un film culte, devrait-on dire un film de cultes ! Car ce métrage, réalisé en 1985, est autant un film de Dario Argento (un de ses classiques), que le premier film AVEC Jennifer Connelly, qui a quinze ans, était déjà la plus belle actrice du monde.Comme Lumière 2010 nous donnera l’occasion, ces prochains jours, de revenir sur la carrière d’Argento à travers ses deux premiers films (L’Oiseau au plumage de cristal et Le Chat a neuf queues), profitons de la présentation hier, toujours en présence du cinéaste, du magnifique Phenomena pour déclarer notre amour à la magnifique Jennifer Connelly, ici dans son premier grand rôle au cinéma.

Connelly incarne Jennifer ( !), fille d’un célèbre acteur américain, envoyée dans un pensionnat en Suisse où elle ne connaît personne. Dans cet environnement quelque peu hostile, notre héroïne est la proie de crises de somnambulisme qui vont la mettre en contact avec le dangereux tueur en série déjà responsable du meurtre de plusieurs jeunes filles dans les environs. Parallèlement, elle se découvre un pouvoir extrasensoriel lui permettant d’entrer en communication avec les insectes. Traquée par le serial killer, elle trouve refuge chez un entomologiste, John McGregor (l’excellent Donald Pleasance), qui la poussera à mener l’enquête et développer ses pouvoirs, comme le fera dans Incassable un autre personnage démiurgique en fauteuil : Elijah.
La comédienne, encore jeune (15 ans), est resplendissante d’un bout à l’autre du métrage, malgré les horreurs et les humiliations que son personnage traverse. Elle incarne à merveille la virginité et la candeur d’un personnage extraordinaire et fantastique, dont les péripéties prennent les allures d’une quête identitaire, de celles qui façonnent un être à vie. Rétrospectivement, elle reste encore aujourd’hui l’une des plus incroyables héroïnes du cinéma d’horreur. Son beau visage, même sous la terreur et la crasse d’un bain de vers au milieu de cadavres en décomposition, marque à jamais les spectateurs.

Il faut dire aussi, et rendons à César ce qui lui appartient, que la mise en scène d’Argento est magnifique, et qu’elle se ponctue en apothéose par un climax à montrer dans les écoles du genre. Avant la séance, Argento avait pris le soin de préciser que Phenomena était né de la lecture d’un livre du Professeur Leclerc, fameux entomologiste français. Rarement un film n’avait placé l’Animal en si belle posture en son sein. Car en plus du singe qui aide au quotidien McGregor, et qui sauvera notre héroïne lors d’un finale jouissif qui remportera les applaudissements de la salle de l’Institut Lumière, la part dévolue aux insectes apporte la touche "fantastique" du film, en même temps qu’une intéressante caution scientifique.
Phenomena est au final un excellent métrage, captivant par son intrigue dont le suspense se tient jusqu’à la toute dernière scène. On y retrouve également les motifs habituels de la mise en scène d’Argento, peut-être encore mieux travaillés que dans Ténèbres. Et puis, on l’a déjà assez bien dit : il y a Jennifer !