Avant d’être un succès populaire historique qui va rassembler près d’un tiers des français dans les salles obscures, Bienvenue chez les Ch’tis est un film, le second long-métrage du comique Dany Boon. Retour rapide sous forme de notule, sur la surprise cinématographique de l’année 2008...Parce qu’il va battre les records de fréquentation établis par La Grande Vadrouille et Titanic, Bienvenue chez les Ch’tis est un film qui va entrer dans la légende. Le fait est que tous les rédacteurs de Fin de Séance aient vu ce film souligne bien le phénomène qui touche notre pays. Il se passe quelque chose autour du film de Dany Boon, comme une communion où les français se voient confortés dans l’idée que leur pays est grand au regard de ses diversités et des cultures différentes qui le font exister. Bienvenue chez les Ch’tis n’est rien d’autre qu’un hymne enjoué aux habitants d’une région qui souffre habituellement des pires clichés. Inutile de revenir sur ces derniers, le film s’en charge à notre place, et avec une lourdeur hors du commun, à la façon d’un spot publicitaire d’un office de tourisme (tout y passe : du char à voile sur la plage aux traditions culinaires, en passant par le soulignement forcé de l’hospitalité locale et du parler Ch’tis).

Film-consensus, Bienvenue chez les Ch’tis semble réconcilier les français non pas avec une région précise, mais avec eux-mêmes. Après tout, quoi de plus formidable que de voir un film réussir ce tour de force de réunir tout un peuple derrière lui ? On devrait se réjouir de ce succès, et surtout ne pas l’entraver de critiques négatives. Mais comment faire semblant et ne pas souligner la médiocrité extrême de ce film, tourné sans talent, écrit sans originalité, et mal interprété (la performance de Line Renaud est pathétique, il fallait que cela soit dit). La misère scénaristique déployée ici est à la fois consternante et inquiétante. Consternante parce qu’elle dévoile que des acteurs habitués des comédies ne sont pas capables aujourd’hui en France d’en écrire d’intéressantes, comprendre par là originales. Inquiétante parce qu’elle en dit long aussi sur le niveau d’attente du public, en manque d’exigence, et qui depuis quelques années boude les projets humoristiques les plus intéressants (OSS 117 et Steak sont les meilleurs exemples), et sait s’attacher soudainement à un projet dont le potentiel commercial n’était pas si évident que cela à la base (voir le phénomène des Choristes il y a quelques années). On notera au passage l’astuce marketing qui ici a consisté à sortir le film d’abord dans le Nord, et ensuite dans le reste de la France.
Comédie ratée, Bienvenue chez les Ch’tis ne fait pas rire, à l’exception de quelques scènes. On retiendra pour la petite histoire l’apparition de Michel Galabru, ou encore la séquence de distribution du courier à vélo, même si Jacques Tati était passé par là il y a très longtemps avec Jour de fête. Peu importe que le film soit un énorme succès public, on ne souviendra pas de lui comme une grande comédie, mais comme un phénomène de société qui se soustrait à toute logique marchande et artistique. Passons notre chemin...