Là-haut [avis n°2] (Un film de Pete Docter & Bob Peterson)
Pixar : toujours plus haut
Par Jean-Eudes Durand, le 20 août 2009 2009
Là-haut est le premier film d’animation (présenté en relief) à avoir ouvert le Festival de Cannes et en aura été un coup de cœur unanime. Le dixième long-métrage créé par la société Pixar, accompagné comme d’habitude par un court-métrage conçu pour l’occasion (Passages nuageux de Peter Sohn), représente un potentiel d’avenir prometteur pour le cinéma d’animation en relief.

Carl Fredericksen a rencontré sa femme, enfant, grâce à une passion commune pour l’aventure. Ensemble, ils ont entretenu le désir utopiste de partir vivre dans un lieu paradisiaque, les Chutes du Paradis, en Amérique du Sud. Après une vie idyllique et le décès de son épouse, Carl a 78 ans révolus, vit seul dans sa maison, perdue au milieu de hauts buildings uniformes, et se caractérise par des attraits misanthropes. Tandis qu’il doit laisser sa maison à un promoteur immobilier et partir dans une maison de personnes âgées, il s’enfuit en faisant envoler sa maison, portée par des ballons. Alors qu’il a la ferme intention de partir aux Chutes du Paradis, Carl emmène Russell à son insu, un jeune scout rondouillard, à bord de son vaisseau singulier. Les deux individus, que beaucoup de choses opposent, vont se retrouver en pleine jungle sud-américaine, livrés à eux-mêmes.

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Le film repose beaucoup sur la confrontation inter-générationnelle de deux êtres. Le couple Carl – Russell est très contrasté mais malgré une soixantaine d’années d’écart, Russell ressemble à Carl jeune (prêt à tout pour vivre une aventure). Carl finit sa vie pendant que Russell commence la sienne innocemment. C’est ce qui permet au film de présenter un récit initiatique, par la découverte de l’autre. Russell apprend autant de Carl que Carl n’apprend de Russell, ou plutôt lui apprend à vivre comme auparavant, Carl ayant perdu tout espoir d’aventure depuis la mort de sa compagne ; nous assistons donc à une (ré)initiation réciproque. On constate que le studio californien, Pixar, a mûri. On retrouve une éternelle subtilité, à l’image du héros, Carl, qui de par son âge a acquis une expérience solide, empreinte de sagesse. En plus de ce système habituel de duo (accompagné par des personnages secondaires pléthoriques), on retrouve différents thèmes récurrents dans l’intégralité de l’œuvre de Pixar. Notamment la question du communautarisme (la famille et l’amitié étant devenues des thèmes traditionnels). Carl, et son ex-femme Ellie, rejettent la société qui les entoure, en s’enfuyant ; Russell, lui, semble prêt à tout pour briller au sein de la communauté à laquelle il se rattache : les Wapitis (des scouts). D’autres protagonistes, des précédentes productions Pixar, incarnent également cette problématique : Tilt, rejeté par les fourmis dans 1001 pattes (1999), Flash McQueen délaissé par ses semblables dans Cars (2006) ou Monsieur Indestructible qui ne parvient pas à s’intégrer, avec sa famille, dans le monde des humains dénués de super-pouvoirs dans Les Indestructibles (2004). Chacun rencontrera d’autres personnages (Tilt avec les mercenaires ou Flash McQueen avec les habitants de Radiator Springs) et multipliera ses efforts pour briller dans une communauté. On peut également relever le problème de l’illusion. Carl et Ellie vouent une admiration sans nom pour l’explorateur Charles Munz et quand Carl parvient à le rencontrer en personne, l’explorateur est distant et froid. Idem pour Indestructiboy (Syndrome) dans Les Indestructibles dont le héros qu’il idolâtre, Monsieur Indestructible, le rejette.

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D’un point de vue technique, Là-haut est un chef-d’œuvre. Un des premiers films à mettre à nouveau en valeur la 3D en relief. Elle est utilisée à bon escient, le relief y est humble, utilisé sans excès. Cette technique impressionnante est utilisée au service du scénario et non l’inverse. Les studios Fox (saga L’âge de glace) et DreamWorks se sont emparés de la 3D relief et l’ont majoritairement employée sans qu’elle ne serve le scénario. Et c’est cela que Pixar a compris et qui rend la technologie partie prenante de son brio. Le métrage s’ouvre sur une scène qui restera probablement dans l’anthologie Pixar, de par sa qualité incontestable. Dans celle-ci, il est fait une rétrospective de la vie de Carl. Sa rencontre avec Ellie, son mariage, sa vie quotidienne, ses rêves puis la disparition de sa femme à travers des transitions habiles (notamment le jeu avec les miroirs). Lorsque l’amour des deux amants est à son point culminant, ils se retrouvent à deux en haut d’une butte pour pique-niquer. Le couple est au premier-plan, tandis que la ville en arrière-plan recule et devient insignifiante par la distance. Sans artifices démesurés, cet effet recourant au relief a un sens et une utilité précis (accentuer l’isolement volontaire du couple).

Tous les « ingrédients » majeurs de Pixar sont adroitement mélangés. On trouve de l’humour (Russell, les chiens qui parlent, le dabu), de la tendresse (l’histoire de Carl et Ellie est sûrement la plus belle histoire d’amour de Pixar, qui dure malgré la mort de l’un) et une certaine dimension poétique (mise en valeur de la nature, Wall-E s’y attachait déjà beaucoup en présentant une contre-utopie pour mieux prendre conscience de la richesse de notre planète). Cet opus du studio sera l’un des plus émouvants. L’histoire de Carl et Ellie, excellemment bien mise en scène, est profonde. Carl perd un être cher (comme dans Le monde de Némo). Il ne peut pas l’oublier et ne peut plus l’aimer qu’à travers ses souvenirs (photos qu’il protège par-dessus tout). Il devra réussir à « tourner la page » (littéralement). Ellie aura été un amour éphémère. Carl doit réussir à accepter ce fardeau, s’en débarrasser, gardant Ellie en lui et reprenant un nouveau départ (aux côtés de Russell). Carl recherche une communion intérieure qu’il trouvera à travers une passation symbolique envers Russell.

Pete Docter & Bob Peterson, les réalisateurs, ne nous livrent pas un simple divertissement, loin de là. Le scénario est habile, il nous livre une certaine vision de l’homme, respectant la devise du classicisme : plaire et instruire. Le film a une portée sur différentes générations (ce que peu de studios arrivent à faire de nos jours). L’équipe de Pixar (John Lasseter, Andrew Stanton, Pete Docter, Brad Bird, Lee Unkrich & cie) est toujours solide et à son meilleur niveau. Elle nous offre un bel avenir pour le cinéma d’animation 3D en relief. Toutes les prochaines productions (Toy story 3 en tête) sont annoncées dans cette technique novatrice. Et cela, pour notre plus grand bonheur !

Images : © Walt Disney Studios Motion Pictures France






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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