Zidane, un portrait du XXIème siècle (Un film de Philippe Parreno et Douglas Gordon)
Plein les jambes
Par David Honnorat, le 29 juin 2006 2006
Son portrait teinté de bleu s’affichait il y a huit ans sur l’Arc de Triomphe, Zinédine Zidane héros, était érigé en monument. Depuis le grandiose et l’amer se sont succédés jusqu’à placer, par ce temps de Coupe du Monde, le pauvre Zizou dans l’oeil du cyclone. "Trop vieux, trop lent..." les reproches déçus et lâchés du bout des lèvres accablent le capitaine des bleus qui a annoncé qu’il faisait en Allemagne son dernier tour de piste.

Alors qu’il y a quelques mois la sortie de Goal ! m’avait amené à m’interroger sur la possibilité du football au cinéma, cette Coupe du Monde allemande confirme une nouvelle fois l’évidence du cinéma dans le football. Ne vous méprenez pas, je ne fais pas ici allusion à ce que les commentateurs qualifient eux de cinéma en voyant se rouler par terre un joueur semblant tout droit sorti de l’Actors Studio. En parlant de cinéma dans le football, je pense davantage à l’incroyable efficacité dramatique de ces compétitions. Certains avaient par exemple pu noter à l’occasion de l’Euro 2004 le travail de la mort en direct que constituait la violence absolue du split-screen. Souvent la réalisation se plaît à intensifier l’action du terrain en insérant des plans de tribunes. Se distinguent cette année les visages d’enfants radieux ou effondrés et l’agitation frénétique de Maradona supporter de l’Argentine. L’enjeu en terme de retransmission reste de faire de l’image au delà du match, de créer une émotion qui déborde en dehors du terrain, en dehors du stade, en dehors de l’écran.

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C’est précisément le chemin inverse qu’ont décidé de suivre Philippe Parreno et Douglas Gordon en réalisant Zidane, Un portrait du XXIème siècle. Leur démarche est de s’approcher au plus près de l’image jusqu’à l’implosion. Il est question de l’image concrète, celle produite par l’écran de télévision et qu’on voit découpée et recadrée. Il est question aussi de l’image théorique, celle du Zidane icône, résultat absolu de ce que peut évoquer son nom dans nos cerveaux de spectateurs conquis. Prenant en charge ces images Philippe Parreno et Douglas Gordon réalisent un portrait qui ne nous dit pas grand chose du foot ni de l’homme Zidane, mais qui surprends à dire un peu sur nous, sur notre siècle, sur les images elles mêmes.

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Il est essentiellement question de distance. Comme l’annonce le générique, on est ici au plus près de Zidane. Or c’est paradoxalement au plus près de l’image que l’on a le plus de recul. Leçon de relativisme, le film remplit la mi-temps du match d’images d’ailleurs. Il y a la guerre, la vie et la mort, la terre qui tourne. On peut se dire qu’au milieu de tout ça les images de cet homme en blanc qui court et sue sur le vert du terrain ne représente pas grand chose. On peut aussi décider du contraire, choisir d’être là.

Le film nous montre enfin à quel point les images sont devenues décisives, déterminantes même de l’existence. Zidane en tant que figure essentielle de notre siècle n’existe que par les images ; son existence à chaque fois renouvelée, le temps d’un match, se termine quand il quitte le champ. Loin des yeux il disparaît, quand, après un carton rouge, il sort du terrain dans un fondu au noir. Aujourd’hui, alors que Zizou a annoncé qu’il prendrait sa retraite à la fin de la Coupe du Monde, l’enjeu existentiel est devenu capital. Chaque match étant potentiellement le dernier, l’homme Zidane caché derrière les images sera bientôt réduit à celles-ci. Il n’a donc plus qu’à faire en sorte qu’elles soient sublimes.

 






Pour la sortie du nouveau film de M. Night Shyamalan, l’excellent Phénomènes, la rédaction de Fin de Séance a concocté un nouveau Top 5 sur le thème du suicide :

  1. Les ados de Virgin Suicides de Sofia Coppola
  2. Le culte Harold et Maude de Hal Ashby
  3. Le suicide de Belmondo dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard
  4. L’honneur des soldats japonais dans Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood
  5. Le suicide de Grosse Baleine dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick

Sans oublier le méconnu Suicide Club de Sion Sono, et l’hommage rendu à Kurt Cobain par Gus Van Sant dans Last Days



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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