Iron Man (Un film de Jon Favreau)
Poids lourd
Par Julien Hairault, le 23 mai 2008 2008
Iron Man n’est pas un grand film. Il ne figurera dans aucun classement à la fin de l’année. N’empêche, c’est un long-métrage plaisant car intelligent et musclé à la fois. Et puis surtout, Robert Downey Jr est brillant, un an après son excellente performance dans Zodiac... Un blockbuster comme on aimerait en voir plus souvent finalement.

Jon Favreau est ce que l’on peut appeler un tâcheron à Hollywood. Le terme n’est pas pour autant péjoratif, il renvoie à cette catégorie de réalisateurs qui enchaînent les films dans des genres différents, avec une seule constante cependant : que chaque projet soit une commande passée par une major Hollywoodienne. Après son remarqué Elfe, gros coup au box-office US fin 2003, Iron Man marque le second succès de la carrière d’un jeune cinéaste, jadis acteur, qui pourtant ne doit pas grand chose à lui-même. Car oui, un tâcheron est aussi un cinéaste moyen, sans grand talent, qui bien souvent doit se contenter de mettre en valeur un personnage et l’acteur qui l’incarne.

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Alors du coup, cessons de nous intéresser à ce Jon Favreau, d’autant que comme prévu, sa mise en scène plate et passe-partout ne le sert pas vraiment, ainsi qu’au film. Arrêtons nous d’abord sur ce Tony Stark, magnat de l’armement qui se construit une solide armure à la suite d’une pénible expérience en Afghanistan (où il a été pris en otage), pour retourner sa veste et lutter contre ceux qui utilisent ses armes de destruction massive. Oui, Iron Man est un film engagé, du moins concerné pas son époque, là où Rambo persiste maladroitement à s’enfermer dans les conflits inexistants d’Asie du sud-est. L’Afghanistan, ce n’est certes pas l’Irak, mais ça nous rappelle bien des souvenirs récents. Et comme son contemporain Lord of War, le métrage de Favreau souligne l’hypocrisie du gouvernement américain, qui par l’intermédiaire de firmes peu scrupuleuses, vend des armes à ses terroristes d’ennemis. Le constat et la dénonciation sont certes faciles à faire, mais le simple fait qu’ils existent tous les deux dans ce blockbuster, suffit à rendre ce dernier sympathique et intéressant.

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Tony Stark donc, playboy insupportable avant d’être héros au grand coeur. Encore une fois, belle idée (qui appartient à la dernière génération des créateurs de comics) que de souligner les traits obscurs des super-héros. Quels sont les films qui ont le mieux su cerner la psychologie de ces personnages fantastiques ? Réponse : Batman le Défi, Spider-Man 2, et Incassable. Trois chefs-d’oeuvre, n’ayons pas peur des mots. Pour autant, Iron Man n’en est pas là, loin s’en faut. Mais la tonalité rock et décomplexé que le jeu de Robert Downey Jr apporte à son rôle, fait de celui-ci un modèle à suivre pour les futures adaptations de comics. On est loin, des personnages-poseurs de la médiocre saga X-Men, ainsi que des 4 Fantastiques, héros maigres et sans saveurs. Sans pour autant pratiquer l’auto-dérision, Downey Jr enflamme le métrage par ses bonnes blagues, sa suffisance insolente et touchante, et surtout, par son carisme insoupçonné, qui lui vaut de bien tenir son rôle de super-héros aux bras musclés.

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La réussite du film tient donc sur les épaules de cet acteur, mais pas uniquement. Quelle surprise de voir un poids lourd du cinéma américain se risquer à tant de dialogues, délaissant pendant soixante minutes, combats et effets spéciaux. Fort heureusement, quand ces derniers réapparaissent, c’est là aussi une réussite. Les SFX soignés des ingénieurs d’ILM donnent du tonus à la forme plate du filmage de Favreau. Tant pis s’il y a des longueurs, et si Gwyneth Paltrow assume mal sur la fin son rôle de potiche. Iron Man est un blockbuster sérieux qui défoule en même temps qu’il nous questionne sur des sujets actuels. De quoi laisser présager le meilleur d’une suite prévue pour 2010, et dont les spectateurs attentifs et patients (c’est-à-dire ceux qui ont attendu la fin du générique), ont pu entrevoir un aperçu assez excitant !

Images : © SND






A l’occasion de la sortie du chef d’œuvre de Steve McQueen, Hunger, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Les Évadés de Frank Darabont
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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