Portrait : Sean Penn
Par Morgane Pichot, le 13 mai 2008 - printemps - 15:02
Le 14 mai 2008, s’ouvre la prochaine édition du festival de Cannes. Après Stephen Frears, Sean Penn présidera le jury cette année. Discret, l’acteur et cinéaste connait pourtant un itinéraire très riche, retour sur ce parcours au sein du septième art.

Réputé rebelle, anti-conformiste voire militant, qui est véritablement Sean Penn, soixante et unième président du festival de Cannes ? Né en 1960 à Santa Monica, fils de l’acteur et réalisateur (essentiellement de séries télévisées) Léo Penn et de l’actrice Eileen Ryan, il débute en tant que comédien dans la série Barnaby Jones. En 1981, le film Taps de Harold Becker lui offre son premier rôle au cinéma. Mais c’est son dixième personnage, dans Colors de Dennis Hopper, qui le révélera au grand public en 1988. Depuis, en vingt ans et autant de films, Sean Penn est devenu une légende du cinéma américain, devant mais aussi derrière la caméra. Retour sur un itinéraire passionnant.

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Les interviews et l’allure de Sean Penn rappellent étrangement celles de Serge Gainsbourg ou de Bob Dylan. Proche du cinéma indépendant, connu pour ses positions contre la guerre en Irak et ses critiques envers l’administration Bush, l’acteur et cinéaste n’est pourtant pas qu’un simple insoumis subversif. Il a aussi tourné pour des grosses productions. C’est d’ailleurs la Warner qui produit Mystic River le film de Clint Eastwood qui lui valut l’oscar du meilleur acteur en 2004 ; après trois autres nominations pour La dernière marche de Tim Robbins en 1995, Accords et désaccords de Woody Allen en 1999 et Sam je suis Sam de Jessie Nelson en 2001. Lui-même producteur, il a soutenu la réalisation de Nick Cassavetes, She’s so lovely en 1997, à partir d’un scénario de John Cassavetes (le père, décédé en 1989), à l’origine écrit pour lui. Sean Penn a joué pour les plus grands noms de la mise en scène outre Atlantique, citons entre autres Brian de Palma (Outrages en 1990, L’impasse en 1994), David Fincher (The Game en 1997), Terrence Malick (La ligne rouge en 1999), Sydney Pollack (L’interprète en 2005)… Il tourne actuellement pour le prochain film de Gus Van Sant, Milk. Pour autant, il ne snobe pas les jeunes cinéastes et leurs premiers films, Alejandro Gonzalez Inarritu lui offre un très beau rôle en 2004 dans son troisième film, 21 grammes. Héritier du Nouvel Hollywod, comparé et assimilé dès ses débuts à la carrière et au talent d’acteurs tels que Jack Nicholson, Al Pacino ou Robert de Niro, Sean Penn connaît l’influence de la méthode de l’Actor’s Studio. La puissance de ses interprétations, sa capacité a intériorisé les personnages qu’il joue en ont fait un des acteurs incontournable de ses vingt dernières années.

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Pourtant, depuis son premier film en tant que metteur en scène, The Indian Runner en 1991, le cinéaste annonce régulièrement qu’il va mettre fin à sa carrière d’acteur, trop exigeante en énergie. L’amour de l’art et des auteurs ne cessent cependant de le persuader à continuer. C’est d’ailleurs en tant que réalisateur que son attachement au cinéma indépendant se fait le plus sentir. Avec quatre films et un court-métrage (pour le projet collectif 11’09’01 : September 11 en 2002) en dix-sept ans, tous scénarisés par lui-même (à part The Pledge en 2001), le metteur en scène privilégie la qualité à la quantité. Son cinéma intimiste revisite les grands motifs qui ont fondé la grande littérature et les mythes américains : le paradis perdu, les vastes étendues, les personnages solitaires… Les faux bad boy qui peuplent son cinéma (n’oublions pas de citer Crossing guard en 1995 et Into the wild en 2008) évoquent ceux de Nicholas Ray, plein d’amertume et de douleur. Leur fin est souvent tragique, quand ils ne meurent pas, ils errent entre folie et dépression. Son dernier film, hymne aux paysages américains en référence directe à des écrivains comme Jack London, marque toutefois un tournant : moins de violence, plus de sagesse.

Plus engagé qu’anti-conformiste, moins rebelle qu’amoureux du septième art, Sean Penn devrait se plaire à Cannes. L’événement marquera un nouveau point d’orgue dans cette carrière extraordinaire.

 






Pour la sortie du nouveau film de M. Night Shyamalan, l’excellent Phénomènes, la rédaction de Fin de Séance a concocté un nouveau Top 5 sur le thème du suicide :

  1. Les ados de Virgin Suicides de Sofia Coppola
  2. Le culte Harold et Maude de Hal Ashby
  3. Le suicide de Belmondo dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard
  4. L’honneur des soldats japonais dans Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood
  5. Le suicide de Grosse Baleine dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick

Sans oublier le méconnu Suicide Club de Sion Sono, et l’hommage rendu à Kurt Cobain par Gus Van Sant dans Last Days



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

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