Une amourette incestueuse prend des allures de tragédie quand le jeune Elvis (Gael García Bernal) entreprend de se faire une place auprès de son pasteur de père (William Hurt).Après trois ans de Navy, Elvis Valderez rentre au bercail. Plus exactement il décide d’investir le foyer qui aurait pu (du) être le sien. Son père, qui avait abandonné sa mère (aujourd’hui décédée) quand elle était enceinte a maintenant fondé une famille. Les errances du passé font désordre chez ce pasteur fondamentaliste, patriarche d’une famille bon teint qui conjugue l’amour de Jésus avec le Rock & Roll. Alors la première réaction du père est le rejet. Elvis qui venait timidement chercher l’accolade est piqué au vif, c’est l’engrenage.

Avant de retrouver son père, Elvis est tombé par hasard sur Malerie, la fille du pasteur, sa demi-soeur donc. Immédiatement séduit, il en fera, après avoir découvert qui elle était, la pièce maîtresse de son dispositif de vengeance. Mais s’agit il réellement de vengeance ? En s’adjugeant son coeur il réussira à pénétrer au sein de cette famille dont il obtiendra l’anéantissement total jusqu’à la dernière scène où, retrouvant son père, il demandera la clémence de Dieu. En fait de vengeance, Elvis veut récupérer ce qui lui est du : un père aimant et exclusif.
On peut lire dans le supplément ciné du Nouvel Observateur du 26 Janvier au 3 Février une déclaration de Gael García Bernal, s’exprimant sur son personnage, qui décrit bien l’axe suivit par le film : "Il y a aux Etats-Unis une sorte de dictature de la religion qui me fait froid dans le dos. Par certains côtés, mon personnage est un peu l’héritier du héros de Théorème, de Pasolini, une sorte d’ange exterminateur dont il n’est pas question d’approuver le comportement, mais qui pointe à sa manière les excès criminels du dogme catholique.".
Ainsi, Elvis est à la fois le personnage qui met en évidence les dérives de la religion, et qui, par son comportement, démontre de manière radicale, les raisons pour lesquelles ces dérives sont dangereuses. Le film s’attaque doublement à l’intégrisme religieux. D’abord par une critique au premier degré, peu efficace voire risible, d’une religion aseptisée et marquetée (messe mise en scène comme un show-TV, panneau publicitaire devant l’église, T-Shirts à messages religieux), puis, de manière moins flagrante en fondant les agissements d’Elvis sur une logique d’inquisition où la faute est obligatoirement punie. En se fondant sur la logique qu’il critique et en faisant le récit de l’insensé et de l’inacceptable, le film démontre l’impossibilité même de ce mode de pensée.

La succession des scènes participe également à ce principe. Ainsi, la première scène de sexe suit deux scènes de chasse et de dépeçage, le sexe est ainsi montré du doigt comme quelque chose d’horrible d’autant qu’il est ici pratiqué hors mariage. Le film stigmatise donc les péchés et réclame la purification des âmes pécheresses. Cette première scène d’union incestueuse ayant lieu au bord d’une rivière, on peut imaginer que l’eau permette de laver les péchés. Plus tard dans le film, la réconciliation avec un Dieu qui réclame la pureté absolue sera garantie par le feu. Face à un dogme qui n’accepte pas la faute, la réponse ne peut-être que radicale.
Servi par l’interprétation troublante de Gael García Bernal, qui, décidément, ne cesse de nous éblouir, The King manque tout de même de constance et si une construction efficace et quelques excellentes scènes permettent de qualifier ce film de réussite, cette réussite semble essentiellement due à un bon scénario malheureusement sous-exploité par une mise en scène hésitante (à moins que ce ne soit l’inverse).