En 1954, Don Siegel n’en est encore qu’aux prémisses d’une carrière qui ne sera complètement reconnue qu’avec les succès de Dirty Harry et L’Evadé d’Alcatraz dans les années 70. On passe toutefois trop souvent sous silence ses premiers films, qui s’ils ne sont pas toujours aussi bien aboutis que les "must-see" de sa filmographie, possèdent néanmoins de nombreux atouts en leur faveur. Les Révoltés de la cellule 11 fait partie de ceux-là...Pur film de prison, Les Révoltés de la cellule 11 semble être en avance sur son temps, non pas d’un point de vue formel (puisqu’il nous faut bien admettre tout de même que Siegel nous habituera à bien mieux plus tard), mais de ce que le métrage dit de l’état de la société américaine au début des années 50, et plus particulièrement de ses prisons.
L’ancrage social du film se fait par le défilé, en ouverture, d’actualités filmées véridiques, qui relatent du mécontentement de nombreux prisonniers de part le pays, grogne ayant accouché de révoltes et de mutineries... Les bobines suivantes, celles de Siegel, mettront l’accent sur les revendications des taulards, en prenant pour théâtre de l’action un bloc qui se veut un microcosme de l’Amérique et de ses établissements pénitenciers. Parmi les sujets de discorde entre prisonniers et administration, on retrouve le traditionnel manque d’hygiène des cellules, la brutalité des matons, le fait de ne pouvoir entretenir de relations avec la famille et les amis à l’extérieur... Vingt-cinq ans plus tard, Siegel reviendra au film de prison avec le fameux Evadé d’Alcatraz, dans lequel il "interviendra" de nouveau du côté de ces hommes soumis à l’inhumanité de l’univers carcéral. On conserve encore le souvenir de ce vieux détenu privé du droit de peindre du jour au lendemain, et qui finit par se couper la main...

Les Révoltés de la cellule 11 fonctionne par antagonismes. A travers un manichéisme exacerbé (puisque des points de vue différents s’opposent au sein même des prisonniers et de l’administration), le caractère social de l’œuvre éclate à l’image, et les tensions qui interagissent les actions du film expriment toutes un avis particulier, qui évitent pourtant l’effet catalogue. Du dur-à-cuire qui n’a pas d’autre but que de tapper du maton à l’intello qui raisonne trop, en passant par le noir brimé et le chef de bande dépassé par les événements, on retrouve dans Les Révoltés de la cellule 11 tout le pannel du film de prison américain. Si bien que le film prend très vite une tournure attendue en se résumant à un exposé de revendications et de réponses musclées de la part des forces de l’ordre et des rebelles au sein du bloc.
On retiendra toutefois un détail du scénario, qui, cinquante ans après, rend le film d’une brûlante actualité, surtout en France. En effet, parmi les revendications des prisonniers, il y a le souhait de voir les détenus/malades psychiatriques déplacés dans des établissements appropriés, afin de mettre un terme à une dangereuse cohabitation au sein des cellules. Près d’un demi-siècle après la réalisation de ce film, la question se pose toujours en France, où l’administration Sarkozy préfère la répression à la prévention, en ne prennant pas assez en compte les besoins de soins des criminels.
Les Révoltés de la cellule 11 met en scène quelques uns des plus beaux personnages humanistes de l’après-guerre. Le directeur de la prison, qui très vite accèpte de signer la lettre des revendications de ses prisonniers, montre très vite ses idées progressistes, tout en se heurtant à la violence sourde de son administration. On taxera plus tard Don Siegel d’être un cinéaste réactionnaire, mais il suffit de voir ce film édifiant pour se convaincre du contraire.
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