Semi-Pro (Un film de Kent Alterman)
Professionnalisme américain
Par Julien Hairault, le 1er juin 2008 2008
C’est une bonne nouvelle, que de voir enfin un film de Will Ferrell "aussi bien" distribué en France (150 copies lors de sa première semaine). C’en est une moins bonne que de voir le film réunir uniquement 27000 spectateurs lors des sept premiers jours de son exploitation. L’acteur comique américain souffre malheureusement en Europe, de la comparaison avec ses compatriotes et amis Jim Carrey et Steve Carell, compétition inéxistante aux Etats-Unis tant ces trois comédiens sont reconnus du public et de la critique, à raison faut-il le souligner. Le fait est que les projets sur lesquels Will Ferrell s’engage, sont trop américains et donc peu accessibles au public français, qui boude par exemple ce Semi-Pro pourtant drôle et attachant.

Souvenez-vous, il y a quelques semaines, George Clooney revenait dans Jeux de dupes sur la naissance du football américain professionnel, dans un style rétro/sépia qui soulignait la nostalgie de son auteur pour une époque révolue.

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Ici, Kent Alterman s’attaque à la fusion dans les années 70 des ligues de basket ABA et NBA, la seconde étant toujours aujourd’hui un modèle de professionnalisme sportif pour tous les championnats et les ligues du monde entier. En suivant l’aventure des Tropics de Flint, enmenés par Jackie Moon (Will Ferrell), et qui doivent pour accéder à la NBA, terminer au sommet du classement, Semi-Pro emprunte des sentiers balisés en matière de comédie américaine, où les rebondissements de l’intrigue (moments de doute, départ d’une forte tête pour mieux qu’elle revienne, puis sacre final) sont si prévisibles que l’intérêt du film réside ailleurs, dans la performance de son acteur principal tout d’abord, et ensuite dans l’ambiance kitch du film, magnifique miroir de la décennie la plus funk de l’histoire des Etats-Unis.

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Après Ricky Bobby (sur le Nascar) et Les Rois du patin (sur le patinage artistique), voici Will Ferrell de nouveau embarqué dans une nouvelle comédie sportive typiquement américaine. Il est en quelque sorte (thématiquement parlant uniquement) le Fabien Onteniente américain, en ce sens où il revisite le temps d’un film, un univers particulier appartenant au panthéon national. Son don pour le travestissement et la facilité avec laquelle il se sert de son corps à titre tragi-comique, sont irrésistibles, et rappellent il est vrai la gestuelle de Jim Carrey. Manager/joueur de son équipe, Jackie Moon attire le public dans sa salle en lui proposant de suivre, pendant les temps morts, des spectacles où il se met en scène et parfois en danger. C’est sa façon à lui, c’est-à-dire sans moyen, de faire de l’entertainment cheap là où dans n’importe quelle autre salle le divertissement est de qualité et parfois lucratif. Alors, quand ce joueur de basket aux grandes idées mais au talent petit, se retrouve dans la même cage qu’un ours afin de le combattre, la situation dérape et permet d’offrir l’un des meilleurs running-gags vus dans un film Hollywoodien récemment. Idem pour le spectateur hippie à qui l’on a promis 10000 dollars parce qu’il avait marqué un panier de l’autre bout du terrain, et qui parce que le club manque de moyens, ne voit jamais arriver cette somme.

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Semi-Pro est un film droit dans ses baskets, sans grands coups de folie ni baisses de régime. Les dialogues sont bien ciselés, vulgaires mais jamais de mauvais goût. L’ensemble est à prendre au vingtième degré, comme n’importe quelle comédie américaine décomplexée. L’importance accordée aux seconds rôles (ici Woody Harrelson et André Benjamin sont excellents bien qu’un peu dans l’ombre de Ferrell) est aussi l’une des grandes qualités du cinéma indépendant américain, jamais le dernier pour se payer une bonne tranche de rires et d’autodérision. Semi-Pro critique le sport-business américain, avec une morale aussi tendre et belle que celle de Rock Academy il y a quelques années. Peu importe le résultat et le succès, l’important est de participer, mais surtout de s’amuser. Politiquement correct certes, Semi-Pro est suffisamment fun et rétro pour être apprécier pour ce qu’il est avant tout : une comédie très drôle et réussie, malheureusement déjà out des écrans français après deux semaines d’exploitation... Dommage

Images : © New Line Cinema






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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