Depuis Zombie de George Romero, le cinéma de genre a trouvé en ces morts vivants un puissant véhicule d’une métaphore tantôt politique, tantôt existentielle. Le fait d’appliquer des caractéristiques physiques à une majorité permet logiquement de faire ressortir du lot ceux qui sont normaux… donc différents. Ainsi, la satire ou le pamphlet sont dilués dans une visualisation graphique, que celle-ci s’inscrive dans le fantastique ou dans l’épouvante. Ruben Fleischer propose plutôt dans une dédramatisation intensive d’une situation épouvantable mais désormais conventionnelle : tous les habitants des Etats-Unis (de Zombieland) sont devenus des morts vivants sauf quatre survivants.Le film procède d’un certain mélange, parfois indigeste, de plusieurs sous-genres émergeant en fonction des situations auxquelles font face ses héros. Après un générique d’ouverture rentre-dedans (où le son vient s’ajouter aux mises à mort) s’opère un retournement de situation plutôt cocasse. Columbus (Jesse Eisenberg, visible dans Adventureland et prochainement dans The Social Network de David Fincher) a établi quelques règles fondamentales de survie dans un monde où les autres sont tous des ennemis. A mesure que celles-ci sont énumérées, on comprend rapidement qu’il était marginal dans un monde de vivants et qu’il deviendra « normal » dans un monde de zombies. Rien d’innovant dans un schéma américain où tout jeune héros se doit de faire ses preuves au cours d’une initiation rituelle et jalonnée.

Cependant ici nulle morale ni prêche, le prétexte du film restera lettre morte et sera le moyen parfait pour créer un microcosme entre quatre personnages. Parmi ceux-ci, Woody Harrelson tire son épingle du lot, pas seulement par son cabotinage mais par l’extrême jouissance qu’il semble tirer à jouer ce rôle. Son personnage, Tallahassee, est le meilleur tueur de zombies qu’on n’ait jamais connu (même s’il n’existe guère de mètre étalon) : que ce soit avec une batte, un sécateur ou des armes à feu, chaque rencontre avec les morts vivants est une occasion d’étrenner un nouvel instrument de massacre. Le spectateur, quant à lui, tire également un plaisir intense à le voir exterminer ceux qui furent jadis des personnes mais n’eurent pas la chance (ou le talent ?) d’être élus.
Vadrouillant dans un pays abandonné, les quatre héros (dont deux héroïnes, une destinée au personnage principal comme de coutume) vont se retrouver liés par la force des choses, bien qu’ayant des trajectoires diamétralement opposées. Pas question de sauver le monde seulement de renouer des relations humaines entre une visite à Hollywood et un tour de montagnes russes. Bien que le film soit sanglant, voire gore, nulle souffrance ni douleur n’est prise au sérieux, seulement des situations affrontées de manière comique ou glorieuse.

Il est d’ailleurs remarquable de voir qu’aucune tentative n’est faite pour émouvoir le spectateur. Les personnages ont des tics parfois hilarants, et deviennent, par la force des choses, attachants, en grande partie grâce à la conviction des interprètes et à quelques surprises bien amenées (dont un caméo hilarant de Bill Murray). La proposition de Zombieland est bien d’offrir un plaisir régressif et éphémère sans jamais fourvoyer… et sans jamais tutoyer la force subversive de ses illustres prédécesseurs.