Mensonges d’état (Un film de Ridley Scott)
R.Scott post 09/11
Par Morgane Pichot, le 3 décembre 2008 2008
Anciennement adulé à la fois par les cinéphiles et la critique, notamment après Blade Runner et Thelma et Louise, Ridley Scott laisse aujourd’hui des avis plus mitigés. L’an dernier, son American Gangster, (sorti une semaine après Les Promesses de l’ombre de David Cronenberg, et quinze jours avant La Nuit nous appartient de James Gray, tous trois étiquettés « film de gangster »), avait connu un certain écho et succès public. Mensonges d’état (titre, soi dit en passant, aussi peu original qu’American Gangster ) semble passer davantage inaperçu, l’audace qui caractérisait le cinéaste dans ses premiers films s’éteint peu à peu, à l’image de ce long métrage au début prometteur, qui finit par sombrer dans le convenu et l’attendu.

Les films explicitement influencés et inspirés par le contexte d’une Amérique qui digère son traumatisme et les conséquences du 11 septembre sont de plus en plus nombreux . De Vol 93 à La Vallée d’Elah, les métaphores qu’on avait pu distingué chez Shyamalan (dans Le Village), ou dans certains nouveaux films catastrophes, semblent ne plus être à l’heure du jour. Mensonges d’état confirme la tendance. Leonardo Di Caprio interprète un ancien journaliste torturé pendant la guerre d’Irak, engagé par la CIA pour infiltrer le terrorisme du Moyen Orient, notamment en Jordanie. Au service de son médiateur resté sur le « continent à protéger », il prend tous les risques afin d’entrer en contact avec les interlocuteurs et les membres des groupuscules les plus extrémistes. Petit à petit, il comprend qu’il n’est pas plus considéré, et surtout protégé, par la CIA que les martyrs que font exploser les cerveaux terroristes.

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L’entrée en matière est saisissante, certains plans sont puissamment orchestrés, la mise en scène joue sur la mise en place d’un point de vue interne intéressant. Un flash back revient sur l’expérience du personnage en Irak, les caméras (du film et des avions espions) le suivent au cœur des événements dans un monde (montré comme tel, en complète opposition avec l’Occident) dont on perçoit immédiatement toute l’instabilité et la fragilité. Un début prometteur donc, que ce soit sur le plan de la réalisation mais aussi du scénario. La scène d’échange avec un déserteur terrifié par son avenir promis de martyr, est intéressante. Le dialogue est poignant, mettant au jour toutes les questions morales et philosophiques qu’un individu se pose quand il considère mériter mieux (car titulaire d’un doctorat…) qu’une mort anonyme. Les martyrs n’ont pas de nom, ils deviennent un nombre (d’opérants, de victimes…), la télévision occidentale ne montre jamais l’humanité de ceux qu’on considère dévoués à une mauvaise cause (déja pour les soldats japonais morts au nom de la patrie pendant la seconde guerre mondiale, le sujet est peu soulevé, ils sont plus ordinairement représenté comme des « robots automatisés » sans état d’âme). Seul Paradise Now (de Hany Abu-Assad, en 2005) avait retranscris cette génèse de l’attentat suicide, vue de l’intérieur.

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Malheureusement, les rebondissements se font de plus en plus convenus et attendus, et les dialogues trop explicites soulignent une image de moins en moins forte et maitrisée. Peu à peu, Mensonges d’état rejoint le film d’action qui mitraille autant à l’écran avec les armes et les effets spectaculaires que dans le discours. Car malgré le manichéisme évité (Leonardo Di Caprio n’est pas sauvé extremis par l’intervention des siens mais par un mafieux jordanien, il tombe amoureux d’une musulmane, et choisit de ne pas rejoindre l’Amérique), le film convoque au final de plus en plus le spectaculaire et les reflexions pré-machées, au détriment d’un sujet qui évoque des questions d’actualité qui mériteraient un traitement plus réfléchi de la part du réalisateur et du spectateur. Reste deux acteurs, Leonardo Di Caprio et Russel Crow, toujours très performants. Ce dernier excelle dans ce rôle de vétéran de la CIA, qui tente de conjuguer vie de famille et métier prenant, sans percevoir et prendre en compte, d’un coté ou de l’autre, les véritables enjeux.

Images : © Warner Bros






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
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- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
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