Chaque nouveau film est l’occasion pour Steven Soderbergh d’aborder un nouveau genre. Avec The Good German, il s’attaque à un exercice de style qui consiste à réaliser un film noir selon les codes narratifs et formels du Hollywood des années 40. George Clooney y incarne un journaliste américain qui à la fin de la seconde guerre mondiale, part à Berlin pour couvrir la fin du conflit. Il en profite aussi pour se lancer à la recherche de Lena (Cate Blanchett), son ex amour. Le couple va se refermer autour d’une nébuleuse affaire de meurtre.The Good German est l’image parfaite de ce que le cinéma de Soderbergh est devenu après le couple politique Traffic / Erin Brockovich : une œuvre qui travaille davantage son aspect formel plutôt que son propos, laissant inévitablement le spectateur sur sa faim. Certes le talent du cinéaste fait que, la plupart du temps, ses films se regardent avec un certain plaisir. La série des Ocean’s (qui se poursuit d’ailleurs dans quelques mois avec un troisième volet) joue même, et avec un succès fou, de ce vide scénaristique qui laisse le spectateur accroché à l’action immédiate qui se déroule sous ses yeux. Quand il ne tombe pas dans les anecdotiques expériences numériques et personnelles (Full Frontal, Bubble et Equilibrium), le cinéma de Soderbergh déçoit par un manque d’ambition scénaristique (Solaris et maintenant The Good German).

Plus qu’une simple reconstitution historique qui nous parle un peu de la situation à la fin de la seconde guerre mondiale (et le partage de Berlin entre les alliés ainsi que la chasse faite aux nazis), The Good German est une reconstruction cinématographique imitant le style du film noir du cinéma classique Hollywoodien. On pense souvent à Casablanca face au dernier film de Soderbergh, pas seulement à la comparaison des scénarios (les deux films se terminant par ailleurs sur la piste de décollage d’un aéroport en pleine nuit), mais plus dans cette idée d’un pillage esthétique.

Les exemples illustrant ce point sont nombreux : Cate Blanchett la femme fatale nous apparaît pour la première fois en sortant de la pénombre à la façon des stars des années quarante qui se faisaient désirer à l’écran (à la fois des protagonistes masculins et des spectateurs), le travail sur le noir et blanc insiste sur les contrastes et les ombres métaphorisent la complexité des pensées des personnages, le montage s’applique à ne pas utiliser de tics modernes au profit d’un découpage classique faits d’un mélange de plans serrés et d’autres plus aériens qui font respirer le récit, et l’on apprécie assez souvent les limites de cette reconstruction au petit budget qui donne au film un coté « vieillot » dû à des décors de studio qui se répètent tout du long.

Avec The Good German, Steven Soderbergh continue de faire de son cinéma une œuvre qui tombe dans l’anecdote, un pur plaisir immédiat qui empêche toute analyse. Encore une fois ici, les limites de son projet se trouvent paradoxalement dans l’ambition de sa mise en scène. Celle-ci est une limite en ce sens qu’elle se fait le seul programme du film. Partisan caméléon de prises de positions esthétiques, Soderbergh ne tente ici qu’un pari formel, essayant avec des moyens techniques limités de reconstituer un Berlin en ruine, comme celui qu’avait magnifiquement filmé Rossellini dans Allemagne, année zéro. On trouve d’ailleurs dans The Good German des images d’archives disséminées tout au long du métrage, comme pour donner à l’ensemble des allures de véracité, tout en soulignant en même temps la différence avec le procédé carton-pâte de la reconstruction hollywoodienne.
Le principal défaut du film est de manquer de messages, donc de points d’accroche pour le spectateur. Message politique tout d’abord, dont l’absence ici est lié à un scénario qui fait la synthèse de Casablanca et du Troisième Homme sans pour autant s’intéresser à la tragédie humaine qui se joue dans l’immédiat après-guerre. Manque aussi et surtout un message esthétique, The Good German n’étant au final qu’un exercice de style dont l’ambition purement nostalgique pourrait isoler encore un peu plus Soderbergh dans le paysage cinématographique américain.
Lire l’analyse critique de Bubble, le précédent film de Steven Soderbergh