Crimes à Oxford (Un film de Alex de la Iglesia)
Responsable mais pas coupable
Par Anthony Boscher, le 27 mars 2008 2008
Martin vient à Oxford pour passer sa thèse. Il aimerait en effet avoir comme directeur d’étude le célèbre Professeur Arthur Seldom dont la renommée n’est plus à faire. De plus, il loge chez Mrs Eagleton qui est une amie de Seldom. Cependant la rencontre entre l’élève et le maître ne s’est pas déroulée comme l’avait souhaité Martin. Bien décidé à quitter la ville, ce dernier rencontre le professeur Seldom sur son chemin qui vient rendre visite à sa vieille amie. Néanmoins, quand ils rentrent tous les deux dans la demeure, ils découvrent le corps inanimé Eagleton.

Après le succès retentissant de L’orphelinat, c’est un autre réalisateur espagnol cette fois qui nous offre sa nouvelle mouture. En effet, quatre ans après son film Un crime Farpait, De la Iglesia revient sur le devant de la scène et nous emmène dans un univers où tout semble dû au hasard alors que tout est calculé : Bienvenue à Oxford.

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Bien que nous puissions ranger ce film sur l’étagère du thriller, le réalisateur s’approprie à sa manière ce genre. En effet, le film compte en tout et pour quatre meurtres. Or, De la Iglesia ne joue pas sur le suspens et ne traite pas ces scènes comme nous avons l’habitude de les voir. Nous n’avons pas le schéma classique où nous avons le point de vue du tueur qui s’avance peu à peu vers la victime qui ne se doute de rien, et tout cela avec un montage parallèle. Les meurtres ne sont jamais filmés hormis le dernier avec ce chauffeur de bus qui fait exploser ce dernier sous les yeux des forces de l’ordre. Cette scène à une importance telle que nous y reviendrons un peu plus tard. Le réalisateur adapte ce genre à sa manière en offrant aux spectateurs directement les corps inanimés. Pour revenir au premier meurtre, celui de Mrs Eagleton, nous avons également une mise en scène qui exprime une dualité. Pour rappel, cette scène est un plan-séquence ou nous suivons différents personnages et où donc nous avons différents points de vue. A la fin du plan-séquence, nous apercevons le corps inanimé de la victime. Cette scène peut-être analysée sous deux angles. Dans un premier temps, ces changements de points de vue sont annonciateurs de la suite de l’enquête, c’est-à-dire que tout le monde peut-être coupable. Dans un second temps, nous pourrions dire qu’il n’y a en fait qu’un seul et même point de vue, celui de l’esprit de Mrs Eagleton, qui après avoir quitté son corps inanimé que nous n’avons toujours pas vu à l’écran, vient hanter la diégèse.

Si dualité il y a lors de cette scène, dualité il y a également chez les deux personnages principaux. Martin est un personnage qui prêche le fait que les mathématiques peuvent résoudre à peu près tous les problèmes et donc que tout est prévisible. En effet, la première séquence où il joue au squash est caractéristique de son comportement. Il va prouver à la jeune fille qui le regarde, qu’il peut prédire ou va atterrir la balle en calculant certaines données. Si sa théorie peut s’avérer plausible lorsqu’il joue seul, quand la fille rentre en jeu il n’arrive pas calculer et donc à prévoir là ou la balle atterrira. Le professeur Seldom, quand à lui, est un personnage qui a un savoir et qui sait déjà que l’on ne peut rien prévoir. Lors des séquences de conférence, il inculque à ses élèves que rien n’est prévisible en faisant notamment référence au philosophe autrichien Wittgenstein, qui avait tenté de trouver une solution à tous les problèmes philosophiques dont il était envisageable de répondre. Le professeur fait également référence à son ouvrage Tractacus logico-philosophicus. Dans ce livre, Wittgenstein démontrait les limites du langage et la faculté de connaître l’Homme. Le professeur nous apparaît donc comme un personnage qui détient le savoir, et qui tentera de le mettre à contribution pour l’élaboration de l’enquête. Avant chaque meurtre, l’assassin laisse une petite note avec le lieu du meurtre, l’heure et un petit signe. C’est ici que rentre en jeu le professeur car ce dernier a écrit un ouvrage sur les suites logiques qui font références aux meurtres en séries. Cependant, Seldom ne partagera pas son savoir avec le jeune Martin, en lui répétant sans cesse de réfléchir par lui-même. Nous pourrions donc croire que ce procédé est utilisé par le réalisateur afin de mettre l’élève prometteur en avant et ainsi faire de lui le héros de toute cette enquête. Or, lorsque nous assistons au dénouement final, nous nous rendons compte que le professeur lui-même ne pouvait prédire la suite des évènements. Comme nous l’avons souligné, chaque papier qui annonçait un meurtre était accompagné d’un petit sigle. Arthur Seldom tentera, avec l’aide de Martin, de découvrir le prochain sigle, pour ainsi tenter de sauver la victime. Cependant, le professeur ne connaissait pas la suite logique que mettait en place le meurtrier.

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Nous ne saurons qu’à la fin du film que c’est le professeur, qui depuis le départ, à mis en place ces signes. En effet, Mrs Eagleton c’est fait assassiner par sa fille qui ne pouvait plus la supporter. Redevable d’une dette envers cette jeune femme (il avait tué son père dans un accident de voiture trente ans plus tôt), il décide de l’aider à cacher le corps. Or lorsqu’il se rend sur les lieux du crime il va rencontrer Martin qui était sur le point de quitter la demeure. Nous avons bien ici une représentation du fait que rien ne peut-être calculé par avance, puisque Martin lui-même ne pouvait envisager rencontrer le professeur et avec lui le corps inanimé de Mrs Eagleton. De ce fait et ne pouvant cacher le corps à cause de Martin, il décide de dire à l’inspecteur qu’il a reçu une note à la fin de sa conférence avec l’adresse de son amie ainsi qu’un petit cercle de dessiné. C’est ainsi que débute la douloureuse série de meurtre. De peur que Beth, la fille de Mrs Eagleton, soit accusée de l’assassinat de sa mère, Seldom décide de tuer une seconde personne en procédant de la même façon que pour le premier meurtre. Alors que le professeur prêche le fait que l’on ne peut rien prévoir, ses actes eux, sont tout à fait préparés et prémédités. A l’image du cinéaste qui agence ses plans et la mise en scène, le professeur Seldom préparer ses meurtres. Ces deux meurtres vont le faire plonger dans cette spirale infernale, puisque chaque assassinat en entraînera un autre. En effet après le second meurtre, le professeur se croit donc justement à l’abri puisque il y a quasiment aucun risque que Beth soit accusée. De ce fait, lors de la scène du concert durant laquelle un homme malade meurt sur scène, Seldom voit en lui la troisième victime potentielle, et l’opportunité d’effacer toutes traces pouvant remonter jusqu’à Beth. Nous allons avoir comme cela durant tout la projection cette impression de hasard qui surplombe le film alors qu’en réalité tout est préparé, du moins c’est ce que pensait Seldom jusqu’au quatrième meurtre. En effet, nous voilà enfin à la séquence où le professeur va se rendre pour rejoindre sa propre thèse et qu’il quittera l’univers des meurtres ou justement tout était préparé. Seldom publiera un article dans le journal déclarant avoir trouvé le quatrième signe. Dès lors tous les soupçons se tournent vers un père de famille qui attend désespérément une greffe pour sa petite fille. Etant conducteur de bus, il transporte tous les jours des enfants handicapés. Il décidera alors de faire exploser le bus et donc de sacrifier dix victimes qui sont en réalité des donneurs potentiels pour sa petite fille. Pour accomplir son acte, le chauffeur de bus c’était approprier le signe qu’avait annonçait Seldom, un triangle composé de dix points. Or lorsque le professeur assiste à l’explosion du bus, c’est à ce moment qu’il se rend compte que tout n’est pas prévisible. En effet, il n’avait pas prévu que le bus exploserait et qu’il y aurait d’autres assassinats puisque c’est lui-même qui mettait en place cette suite logique.

La dernière séquence va venir révéler le vrai caractère des personnages. En effet, le professeur et Martin évoluent dans ce lieu qui selon le professeur, est le plus grand musée remplit de copies. Les personnages évoluent déjà dans un univers marqué par l’artifice et pourvu d’une fausse réalité. Cette séquence renvoie elle-même à l’artifice cinématographique lui-même en offrant des situations et des personnages qui n’existent pas mais dont on veut nous faire croire l’existence. Martin avouera au professeur qu’il a trouvé la solution et que c’est lui le meurtrier et qu’il est la cause de tous ces meurtres. Or, le professeur lui dira que c’est lui la cause de tous ces meurtres en ayant dit à Beth de devenir libre. Qui est coupable ? Qui est responsable ?

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Alex de la Iglesia nous emmène dans son univers où nous ne savons pas si chaque acte est dû au hasard ou si tout est organisé par la logique et les mathématiques. Par exemple, le fait que le personnage de Lorna apparaisse d’un seul coup lorsque Martin joue au squash, peut paraître invraisemblable puisque nous n’avons pas eu une scène la présentant. Or si nous revoyons cette apparition dans son ensemble nous pouvons alors dire que rien n’est préparé et que son apparition est due au hasard alors qu’il y a tout de même une mise en scène dans le film et que par conséquent sa venue était préparée. Il y aurait donc comme cela une ambigüité entre l’extra et l’intra diégètique. D’un côté tout semble préparé via la mise en scène du réalisateur et d’un autre côté tout semble dû au hasard alors que tout semblait être préparé (les meurtres).

Le réalisateur ne cesse de remettre en question cette notion de hasard et de préparation qui sont en fait les deux fers de lance des personnages de Martin et de Seldom. Il signe ici un thriller qui ne reprend pas les codes du genre et où tout est toujours remis en question sans que cela devienne un casse-tête pour le spectateur.

Images : © La Fabrique de Films






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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