Battle for Haditha (Un film de Nick Broomfield)
Retour en Irak (en attendant de Palma)
Par Julien Hairault, le 8 février 2008 2008
Novembre 2005, dans le village Irakien de Haditha, une unité de Marines touchée par un attentat décide de se faire justice en massacrant plus d’une vingtaine de riverains innocents. Ce qui reste comme l’une des bavures les plus importantes de l’armée Américaine pendant l’actuel conflit en Irak est le sujet du premier long métrage de fiction de Nick Broomfield, habituellement auteur de documentaires (Kurt and Courtney). On y suit pendant 1h30 les destins tragiques des familles Irakiennes, des rebelles poseurs de bombes et enfin des jeunes soldats US.

Un plan symbolique, le dernier pour être précis, résume tout le film, et montre en même temps l’ambition démesurée et naïve de Broomfield. Le caporal américain qui a dirigé l’unité responsable du massacre s’imagine revenir dans la maison où lui et ses hommes ont tué une famille entière. Dans un couloir, il tombe sur une gamine qu’il prend par la main, et l’entraîne vers la lumière (la porte qui mène vers l’extérieur) alors qu’une musique larmoyante achève les spectateurs qui se seront jusqu’au bout émus de ce drame, et qui comme Bloomfield espèrent un avenir meilleur pour les Irakiens, et une fin proche pour le conflit. La critique est sévère, et s’il est facile de dénoncer cette vignette utopique faite pour émouvoir, elle métaphorise parfaitement le travail du cinéaste sur un sujet chaud dont il est le premier à s’emparer (en attendant très prochainement le Redacted de Brian de Palma).

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Là où Battle for Haditha déçoit, c’est dans sa façon d’utiliser les personnages qui gravitent autour du massacre pour dénoncer à une plus grande échelle la guerre en Irak en général. Deux personnages deviennent problématiques quand ils commencent à avoir des remords sur leurs agissements. C’est tout d’abord le vieux rebelle irakien qui regarde de loin les soldats américains tuer ses compatriotes innocents, et qui expriment par la suite, à travers quelques répliques d’un didactisme affligeant, qu’il ne voulait pas entraîner un tel désastre. A coté de lui, d’autres rebelles le réconfortent tandis qu’en arrière plan un groupe d’irakiens célèbrent la mort des deux Marines dans l’attentat. Du coté américain, c’est le caporal (le très bon Elliot Ruiz dont on reparlera plus tard) instigateur de la tuerie qui perdra le sommeil et ses illusions après coup, traumatisé par ses actes. Au passage, Battle for Hadhita se livre à la traditionnelle scène du soldat qui perd son sang froid et extériorise sa colère face à ses camarades loin de l’agitation du terrain. On avait déjà parlé de ce motif à l’occasion de la sortie de Jarhead, film de Sam Mendes sur la première guerre du Golfe.

Battle for Haditha est un film moralisateur où les personnages expriment à haute voix à travers des lourds dialogues explicatifs les pensées de Broomfield sur l’actuelle guerre en Irak, comme s’il voulait éduquer son public, en premier lieu les spectateurs américains. L’intention est louable et le film se révèle au fond utile pour la dénonciation du drame qu’il prend comme sujet. Pourtant la mise en images de cet acte politique est laborieuse, et sans l’aspect « reportage de guerre » du film au coté des soldats américains, Battle for Haditha ne vaudrait pas la peine d’être vu.

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D’un point de vue formel donc, il n’y a pas grand chose à redire sur la prestation de Nick Broomfield. Sa mise en scène « documentaire » basée sur une utilisation habile de la caméra portée nous fait vivre l’intensité dramatique de la situation. Les infiltrations des Marines dans les ruelles de Haditha, et les fusillades qui en découlent, sont les meilleurs moments du film. Battle for Haditha nous offre en effet quelques scènes de guerre assez impressionnantes. Soulignons que pour les besoins du film, Broomfield a fait appel à d’anciens soldats ayant participé au conflit, dont le jeune et talentueux Elliot Ruiz. Il faut en fait voir ce film pour comprendre comment les Marines vivent en Irak, s’entraînent pour tuer, se déshumanisent à feu doux sous la pression de commendants sans scrupules. De nombreuses scènes sont improvisées, donnant à ces moments là de la crédibilité à un film qui n’en a plus aucune la plupart du temps. On aurait aimé que Battle for Haditha tienne sur la distance les promesses de ses premières minutes qui nous montrent un défilé de Marines (tous ses acteurs ayant été soldats dans un passé très proche) déclamer face caméra leurs sentiments sur la guerre avec leurs propres mots, et non pas ceux de Broomfield, qui n’était certainement pas l’homme de la situation.

Images : © Surreal Distribution






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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