Rétro 2008 > L’année des changements > Retour sur un cinéma qui s’engage
Par Julien Hairault, le 4 janvier 2009 2009 - hiver - 17:44
Avant d’être une année de cinéma, 2008 fut une année politique ! Marquée par l’élection salvatrice de Barack Obama à la Présidence des Etats-Unis, et par l’enlisement de la France dans les réformes déplacées et honteuses du gouvernement Sarkozy, l’année passée a vu les maux de nos sociétés occidentales et la politique prendre le contrôle des fictions, qu’elles soient américaines ou françaises, mais pas seulement. Retour sur les thèmes et les films marquants de 2008...
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Aux Etats-Unis, la palme du film politique revient sans contestation possible au chef d’oeuvre de Brian de Palma : Redacted. Véritable cri de rage à l’encontre de la politique étrangère de l’administration Bush en Irak (et ailleurs) au détriment d’une jeunesse sacrifiée et de toute forme d’éthique, Redacted est aussi (et surtout) un véritable coup de force esthétique qui reconsidère le septième art au regard des différents régimes d’image existants aujourd’hui (numérique, net, télé...). Dans le même état d’esprit théorique, notons le très beau premier film d’Antonio Campos, Afterschool, qui traite quant à lui des images du net et d’une adolescence américaine en pleine perdition, comme elle est très souvent croquée par Gus Van Sant et Larry Clark. Aussi, en 2008, tirer le portrait d’une Amérique fatiguée était bien souvent la promesse de réussir un bon film, avec en prime à chaque fois, l’idée de souligner un « défaut » de notre époque. Ainsi : Phénomènes (M. Night Shyamalan) fait se venger Dame Nature des mauvais traitements que l’Homme lui inflige depuis trop longtemps, Funny Games U.S. (Michael Haneke) dénonce les dérives et l’influence de la télévision sur les (mauvais) esprits, Kurt Cobain : About a Son (AJ Schnack) établit le portrait d’une Amérique d’en bas que les rêves ne suffisent plus à faire tenir debout, alors qu’enfin Cloverfield (Matt Reeves) rejoue une nouvelle fois la terreur post 11 septembre, jamais complètement éradiquée dans le cinéma contemporain. Même du côté des blockbusters, on pouvait trouver quelques mouvements de colère. Dans Iron Man (John Favreau) par exemple, on ne peut passer sous silence l’intéressant discours critique porté sur la question de l’armement industriel aux Etats-Unis, de même que dans WALL-E, la critique de la société de consommation américaine en devient presque cynique, dans un merveilleux regain d’humanisme !

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Pour autant, le monopole de la souffrance humaine n’est pas que l’apanage des américains. En France aussi, il existe des raisons de se soucier quant on voit Nicolas Sarkozy ruiner écoles, hôpitaux, prisons et tribunaux. Pour autant, le cinéma hexagonal ne part pas en croisade, et reste très sage, dans une politique auteuriste qui lui sied plutôt bien en 2008, bien que malheureusement éloignée des préoccupations des français (Le Premier venu, La Frontière de l’aube, La Belle personne...). Mais la Palme d’Or Entre les murs (Laurent Cantet), bien que volontairement dépourvue de contenu politique, n’en demeure pas moins une oeuvre importante dans le regard (ni accusateur, ni moralisateur) qu’elle porte sur l’Education Nationale, inapte bien que volontaire et qualifiée, à aider tous les enfants de la République. Rabah Ameur-Zaimeche (Dernier maquis) est encore plus catégorique sur l’avenir de notre pays : non il est impossible dans la France d’aujourd’hui (à l’heure d’un capitalisme déshumanisé et extravagant), de trouver une place et un travail pour tout le monde. Enfin, dans le plus beau film français de l’année (Un conte de Noel), Arnaud Desplechin utilise le microcosme d’une famille de Roubaix pour symboliser une France malade et en proie à d’intenses luttes intestines. Sorti en mai dernier, Un conte de Noel peut aussi bien se lire comme la réplique du chaos que traversera le Parti Socialiste français à l’automne.

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Ailleurs aussi, les cinéastes se sont engagés. Israël en fut le plus bel exemple, livrant au printemps dernier trois métrages remarquables : Valse avec Bachir (Ari Folman), Désengagement (Amos Gitaï) et Beaufort (Joseph Cedar), tous cités au moins une fois parmi les tops personnels de la rédaction de Fin de Séance. Trois films si différents mais pourtant si proches dans leurs discours, portés par l’envie de construire un avenir meilleur en revenant sur le passé, comme pour effacer un traumatisme (la première guerre du Liban ou l’éternel conflit avec la Palestine) et reconnaître ses erreurs... En matière de retour en arrière historique, Hunger (Caméra d’Or et film de l’année pour la rédaction) restera la référence de 2008, en même temps que la révélation d’un artiste d’exception, incorruptible et ambitieux dans son désir de ne rien lâcher pour exprimer un point de vue, aussi violent et radical puisse t-il être.

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Mais si l’on aime par dessus tout à analyser le septième art au regard des changements de société qui l’environnent, on sait aussi reconnaître les grands cinéastes qui semblent évoluer hors du temps, hors de tout courant esthétique et politique. De ce fait, 2008 vit le retour d’un cinéma américain marqué par les grandes mythologies de l’Ouest et des grands espaces. Les frères Coen revinrent à la vie avec le saisissant No Country for Old Men, chef d’oeuvre à mi-chemin entre polar et western crépusculaire. Paul Thomas Anderson signa une immense fresque sur la conquête de l’Ouest, la vraie, celle des des magnats de l’or noir et du début du capitalisme (There Will be Blood). Mieux, l’inconnu Jeff Nichols se révéla au grand jour avec Shotgun Stories, film injustement oublié de la critique et du public (mais présent dans notre Top 10), et qui pourtant convoque John Ford et Terrence Mallick au coeur d’une Amérique fatiguée et passionnelle. Dans un autre genre, James Gray redonna ses lettres de noblesse à la comédie romantique (et plus généralement au drame humain) grâce à son très sombre et bouleversant Two Lovers. Quatre films majeurs donc, dans la lignée d’un cinéma américain plus classique, mais jamais éloigné pour autant de la description d’une Amérique qui travaille, qui souffre, qui existe.

Comme un baromètre infaillible, la réussite du cinéma américain en 2008 a entraîné dans son sillage celle d’une production mondiale engagée dans les changements politiques et de société, ainsi que dans ceux d’une technologie numérique qui impose un nouvel ordre dans la fabrication des images. 2008 est l’année du changement, des changements. En bien ou en mal, politiques ou cinématographiques, ces modifications apportées par le temps et l’époque redessinent les contours d’un art plus que jamais ancré dans la réalité, au point parfois, de vouloir intervenir pour modifier la donne.

Images : © CTV International (Afterschool), © Sophie Dulac Distribution (Dernier maquis), © Metropolitan FilmExport (Beaufort), © Walt Disney Studios Motion Pictures France (There Will be Blood)






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



Pour profiter des rétrospectives d’auteurs et des reprises des joyaux du patrimoine cinématographique mondial, retrouvez les programmes cinéphiles :

- Séances, la cinéphilie à Paris
- Cinémas indépendants acceptant la carte Le Pass
- L’Institut Lumière à Lyon
- La Cinémathèque de Toulouse
- Le Ciné-Club de Caen

Ces liens vous sont proposés par Fin de Séance, site d’analyse critique des films d’aujourd’hui, n’hésitez pas à nous contacter pour nous transmettre des liens équivalents pour d’autres villes.

Retrouvez également Vodkaster - Le blog de la cinéphilie 2.0



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