Inception (Un film de Christopher Nolan)
Rêver c’est créer
Par Othman El Maanouni, le 18 août 2010 2010
Inception est certainement l’un des films les plus obsédés par la mémoire jamais mis en scène. Il s’agit d’un thème du film (plutôt que rêvé il est remémoré) et celui-ci en brasse plusieurs autres dans un tourbillon vertigineux de mises en abîme et de songes multiples. De ce film on ne sort pas par une simple chute, en l’occurrence celle – habile – qui clôt le film. D’ailleurs certaines scènes sont si impressionnantes qu’il y a quelque chose de magistral dans la proposition fantastique de Christopher Nolan : sa propension à tout mettre en œuvre pour retranscrire à l’écran ce qui peut sembler complètement abstrait à l’écrit.

Si la direction d’acteur est remarquable, on pourrait légitimement se poser la question de leur compréhension préalable du matériau brut, c’est-à-dire le scénario lui-même. Il y a quelque chose d’exclusif dans la manière avec laquelle le film a été pensé. C’est sans doute dû en partie à la complexité d’une trame tordue à son paroxysme (les rêves qui s’emboîtent, mais surtout l’explication qui y est associée) mais plus encore à la perception qu’à Christopher Nolan de son domaine d’expression, le cinéma. A voir Memento, Le Prestige ou The Dark Knight (Batman Begins étant à mon sens inférieur aux trois films précédemment cités) on ne peut guère douter de l’intelligence du metteur en scène de 40 ans ; là où d’autres se contentent de roublardise, il assume la simple équation qui fait qu’une idée simple nécessite une histoire complexe, ou du moins plus difficile d’accès.

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Dans Insomnia, réalisé juste après Memento, résident les graines à la source d’Inception : en plus de partager une syllabe du titre ce sont surtout deux essais magistraux (dans leur tentative) sur la puissance de l’imagination et surtout sur son application pratique dans un monde où raison fait loi.

Quant au film en lui-même il démontre une maîtrise impressionnante de la concordance des talents : il est d’ailleurs presque certain que les personnes ayant participé au film sont parmi les meilleures dans leur domaine de pratique. Les mentions spéciales seraient d’ailleurs décernées à la composition de Hans Zimmer, à la photographie de Wally Pfister (déjà à l’œuvre dans The Dark Knight) et aux interprétations de Tom Berenger (Browning) et Cillian Murphy (Fisher).

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Pour sûr la densité de Leonardo Di Caprio ou de Tom Hardy bénéficient grandement au long-métrage, mais la puissance des images (les effets spéciaux sont grandioses) engloutit parfois leurs personnages, dans l’action plutôt que dans l’émotion.

Il reste cependant quelques zones d’ombre dans l’assise même du film. D’abord il faut accepter les explications souvent succinctes (compréhensibles mais parfois regrettables) offertes par chacun des membres de l’équipe sur leur mode de travail et sur leurs spécialités (Yusuf, par exemple, souffre quelque peu du passage obligé par la case « mise en place narrative »).De plus, le vertige né de l’immersion dans les possibilités infinies du concept transcende la durée même d’un film de cinéma. Ses 2h30 sont bien courtes mesurées à l’incroyable combinaison de paramètres qui pourrait découler de la vie dans les rêves. C’est que comme l’explique à un moment Cobb (Leonardo Di Caprio) la durée d’un rêve n’est pas comparable à celle de l’éveil : sa densité est telle que l’incommensurable profondeur de l’inconscient ne pourra jamais être qu’entraperçue.

La plongée d’Ariane (Ellen Page) dans l’inconscient de Cobb est d’ailleurs la partie la moins crédible du film tant elle en fait le tour en quelques instants, niant toutes les projections, tabous et autres masques qui devraient lui barrer la route. La promesse du film n’est d’ailleurs pas réellement tenue puisque le seul lien qui rattache les personnages à la réalité (leurs « totems », celui de Cobb étant une toupie) fait partie de l’immense question finale : comment discerner ce qui est rêvé (ou fantasmé, ou désiré…) de la réalité ? Cette réalité est d’ailleurs bien morne et bien limitée dans le film. Elle aura pourtant permis à Christopher Nolan de réaliser un rêve cinématographique que seules les combinaisons de l’avancée technologique, du succès commercial de ses précédents films et de sa radicalité ont rendu possible.

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Ce ne sont d’ailleurs finalement pas les rêves qui emportent la partie, mais bien les souvenirs puisque c’est le souvenir de ses enfants qui sauvera Cobb. Les rêves, tels que mis en scène dans le film, sont aussi trop linéaires pour être des transpositions visuelles littérales de véritables songes, ils se donnent dans l’explication alors que la sensation seule prime. Inception manque d’onirisme et de poésie mais choisit sciemment celle de l’imagination et du fantasme, demeurant de ce fait contradictoire dans son approche entre la promesse et son accomplissement.

D’autres interprétations sont également possibles comme celle qui voudrait que Cobb soit en fait la métaphore du metteur en scène et le rêve celle du film. Celle-ci est plaisante mais dénie trop de séquences qui ne conviennent pas à cette théorie. Après tout, l’interprétation d’un film appartient à chaque spectateur, celui-ci ne dérogeant pas à la règle (bien au contraire).

Ce sont des frustrations qui pourraient paraître mesquines mais qui gâchent un peu la formidable tentative de Christopher Nolan et de son équipe ; elle doit d’ailleurs être reconnue à sa juste valeur : dans ses immenses qualités comme dans ses inévitables faiblesses.

Images : © Warner Bros. France






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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