Good Morning England (Un film de Richard Curtis)
Sex, Drugs and Rock’n’Roll
Par Jean-Eudes Durand, le 23 juillet 2009 2009
Après la réussite de son premier film en 2003, Love Actually (« l’ultime comédie romantique »), le réalisateur Richard Curtis s’attelle à un film rock sur les radios pirates dans les années 60 en Grande-Bretagne. Plus qu’un divertissement, Good Morning England est avant tout un hommage passionné au rock’n’roll, style musical novateur qui a marqué toute une génération lors de son émergence.

Carl, un jeune adolescent, vient d’être renvoyé du lycée. Sa mère décide de l’envoyer auprès de son parrain quelques temps pour qu’il retrouve le droit chemin. Son parrain, Quentin, est le directeur d’une radio pirate émettant sur ses ondes des morceaux rock en clandestinité au beau milieu de la mer du Nord. A peine embarqué sur le navire, Carl va découvrir un équipage singulier, constitué des animateurs de la radio, tous plus excentriques les uns que les autres. Le gouvernement de Sa Majesté a beau traquer les leaders de Radio Rock, les audiences de celle-ci n’en restent pas moins époustouflantes.

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Comme nous le mentionnions, Richard Curtis dresse un hommage pertinent au rock’n’roll. Tout au long du film, nous sommes accompagnés des morceaux endiablés émis par Radio Rock. L’aboutissement de l’hommage rendu par ce film – musical – repose dans le générique de fin qui, tout en présentant les crédits, fait apparaître les jaquettes des disques qui ont marqué le rock’n’roll ces dernières décennies, et que l’on doit à des artistes et à des groupes tels que The Who, The Rolling Stones, The Supremes, David Bowie, The Beatles, Dusty Springfield, Janis Joplin, Nirvana, Jimi Hendrix, The Kinks, U2… Toutes les variantes du rock y sont représentées. La genèse du film est en partie due au vécu de Richard Curtis qui avoue avoir grandi avec les radios pirates. Aujourd’hui amoureux de musique, on découvrait déjà une bande originale très « riche » dans Love Actually avec des morceaux de Joni Mitchell, Bay City Rollers ou des Beach Boys.

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Alors que la plupart des adultes des années 60 est plongée dans un puritanisme ardent, la jeune génération glisse leurs radios sous leurs oreillers pour écouter en cachette les radios pirates, certains les écoutent en groupe : dans des dortoirs, dans des fêtes, etc., bien que le fait de se mettre sur la fréquence d’une radio pirate représente un interdit à cette époque. C’est justement cette idée de braver l’interdit qui stimule la jeunesse britannique, ils se sentent libres en écoutant l’équipage de Radio Rock dépasser eux-mêmes toutes les normes radiophoniques conventionnelles. Le Comte, leader de la station, interprété par Philip Seymour Hoffman, se lance le défi de prononcer pour la première fois le mot fuck à l’antenne et c’est dans ces moments là que l’audience est la plus élevée. Radio Rock, allégorie filmique de l’ensemble des radios pirates, est donc un symbole de liberté pour la jeunesse qui l’emploie comme un moyen se marginaliser de leurs parents. Les radios pirates furent un vrai phénomène de société, en quelque sorte annonciateur du Festival de Woodstock de 1969.

Le sentiment de liberté que véhicule le film se retrouve pleinement dans une séquence formidable, très représentative de son ambiance générale. Radio Rock n’est réservée qu’aux hommes. Une seule femme, une homosexuelle endurcie, est acceptée à bord. Toutefois, les animateurs reçoivent des visites féminines toutes les deux semaines, et un DJ de la chaîne annonce qu’il va se marier avec une femme montée à bord un jour. Toute l’équipe du navire décide alors de fêter l’événement et d’enterrer la vie de garçon du futur marié, Simon (Chris O’Dowd). Le navire clandestin accoste (c’est la seule fois où l’équipage est sur terre) et la bande d’amis animateurs débarque dans les rues de Londres en pleine nuit. Sur un fond musical entraînant que l’on doit aux Kinks (Sunny afternoon), la bande passe de bar en bar. Richard Curtis combine tous les éléments techniques et scénaristiques nécessaires (montage rapide, morceau de rock, gags) afin de donner la vivacité propice à la réussite d’une telle séquence. Les personnages traversent la ville à toute allure, d’un pas vif (le plan de Nick Frost prenant la tête du cortège témoigne d’une énergie incroyable). Et encore une fois, les personnages se permettent tout ce qu’ils désirent. Tous alignés, ils urinent les litres de bières ingurgités sur un monument patrimonial londonien ; filmés de dos, chaque personnage se reconnaît à sa silhouette plus ou moins saugrenue (la pause de Rhys Ifans est la plus marquante). Ce rythme effréné, soutenu par une musique qui l’est tout autant, témoigne du talent dont nous fait part Richard Curtis à travers l’ensemble de ce film.

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On constatera néanmoins quelques gags exagérés, caricaturaux, certains personnages parfois irritants (Simon et Kevin notamment). Très soulignés, ces éléments nécessitaient davantage de subtilité dans leur introduction (n’oublions pas que Richard Curtis a été le principal scénariste de la série télévisée Mister Bean, série qui ne s’avère pas être un gage de subtilité). Cependant, ces défauts sont vite rattrapés par les qualités principales du film (les personnages farfelus, un casting hétéroclite en or [Philip Seymour Hoffman, Nick Frost, Bill Nighy, Rhys Ifans, Kenneth Branagh et Emma Thompson] qui confronte des acteurs débordant d’énergie et le rock entraînant qui embellit l’intégralité du film). L’objectif premier du film est donc rempli : donner le sourire aux spectateurs. En outre, on peut être amenés à une certaine réflexion via ce film aux allures exclusivement divertissantes, peut-être que Richard Curtis ne cherchait pas prioritairement à poser ce débat mais il n’en demeure pas moins intéressant. Le film représente une génération qui a conquis sa liberté, s’est affranchie du puritanisme omniprésent de l’époque, nous serions donc « libres » aujourd’hui, du moins, bien plus qu’auparavant. Toutefois, il est tout à fait légitime d’être nostalgique de cette prise tangible de liberté de la jeunesse d’hier (le phénomène des radios pirates en est un témoin, tout comme un certain mai 68). Woodstock est très loin de notre jeunesse faussement satisfaite et mollassonne. Le film nous permet (inconsciemment) de savourer notre liberté présente, que d’autres ont acquise antérieurement, il est fondamental d’en être conscient, de savoir en profiter et de la maintenir constamment présente dans notre mode de vie. Voici le véritable héritage des radios pirates, que certains de nos propres parents écoutaient.

Images : © StudioCanal






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  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
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