Après des déboires avec la justice et une carrière qui descend en flèche, Jean-Claude Van Damme décide de rentrer en Belgique pour faire le point. Dès son arrivée, il se rend dans une banque et va être pris en otage par des braqueurs. Suite à un quiproquo, la police va croire que c’est Jean-Claude qui a commis cet acte dans un élan de désespoir.Jean-Claude Van Damme est ce que l’on pourrait appeler un bon objet médiatique. Chaque phrase, chaque expression est réinterprétée et pollue les émissions de télévision, mais aussi internet. Avant la sortie de JCVD, Jean-Claude Van Damme était plus reconnu pour ses phrases cultes que pour ses films. Même si il n’est pas question de juger les films des auteurs suivants, beaucoup ont oublié qu’il a tourné avec les plus grands noms du cinéma asiatique comme John Woo (Chasse à l’homme), Ringo Lam (In Hell, Replicant) et Tsui Hark (Piège à Hong Kong, Double Team). Jean-Claude Van Damme véritable acteur ou dindon de la farce ? C’est ce que Mabrouk el Mechri a tenté de desceller dans son film JCVD.

Au festival de Cannes, le réalisateur déclarait lors d’une interview être un grand fan de l’acteur et qu’il avait voulu montrer aux spectateurs la véritable facette de Van Damme. Il est vrai que le film nous offre une nouvelle vision de l’acteur. La première séquence nous montre l’acteur dans un long plan-séquence aux allures de film d’action de type série B. A la fin de la prise, Vandamme nous apparaît las de toutes ces cascades et de ce trop plein d’action. A ce moment du film, nous avons le portrait de Van Damme comme d’un homme qui veut tourner la page sur une carrière peut être déjà trop pesante. En effet, l’avocat de sa femme lui reprochera de faire des films trop violents et que ces derniers nuisent à l’éducation de leur fille.
Lorsqu’il décide de retourner en Belgique, sa terre natale, il va au contact des siens, de ses racines, comme s’il avait la volonté de démarrer une nouvelle carrière. Cette dernière ne tardera pas à arriver, puisqu’il va devenir le spectateur de ce braquage. Durant un instant, Jean-Claude Vandamme ne sera pas l’acteur principal du film, mais un spectateur de ce qui se passe. Nous ne voyons pas l’acteur levait le pied pour mettre à terre ses adversaires. Au contraire, il exécute les ordres des braqueurs et les supplie même de ne pas lui tirer dessus. Même s’il est devenu spectateur, il reste tout de même en lui cette part qui fait ce qu’il est devenu. Tout le monde le reconnaît et veut faire des photos avec lui. Il y aura de nombreuses disputes entre les braqueurs, notamment sur le fait de parler correctement à Jean-Claude car c’est Jean-Claude Van Damme, la star du pays. Tout cela pour dire que même si l’acteur décidait de prendre un nouveau tournant dans sa carrière, il restera tout de même l’acteur de films d’action comme Bloodsport ou Kickboxer.

Néanmoins, Van Damme est crédible dans ce rôle d’acteur déclinant et qui se fait voler les rôles par Steven Seagal qui a promis de couper sa queue de cheval. Pour apprécier de manière totale le jeu de l’acteur, il aurait tout de même fallu que le spectateur soit vierge de toutes références vis-à-vis de sa carrière. Même si le film donne une nouvelle vision de Van Damme, le spectateur verra encore et toujours en lui l’acteur qui lève le pied à la place de lever la tête (pour reprendre l’expression d’un critique).
C’est pour cela que nous avons dans le film une scène importante qui est le monologue de Jean-Claude. Ce dernier va s’asseoir sur une chaise et nous allons être transportés hors du du plateau. Le réalisateur introduit une sorte de pause dans son récit pour laisser place au monologue de son acteur fétiche. Van Damme regarde la caméra et s’adresse directement aux spectateurs. Deux choses sont véhiculées ici : la première est qu’ici nous n’avons plus Van Damme en tant qu’acteur à l’écran, mais Van Damme en tant que personne faisant le point sur sa vie. Le fait que la scène se déroule hors du plateau n’est pas anodin. Peut-être pouvons-nous comprendre ici que Van Damme n’arrivera jamais à être totalement lui-même dans un film. Le monologue aurait eu plus d’importance s’il avait eu lieu dans la continuité du récit révélant ainsi le véritable potentiel de l’acteur. Ce genre de scène n’a pour but que d’émouvoir l’auditoire et permettre ainsi permettre à Van Damme de pouvoir enfin donner une autre facette de son jeu.
Cependant, le film nous permet de voir en lui une autre personne jetant même un regard ironique sur ce qu’il est. A la fin du film, nous avons la police qui extrait les otages de la poste et nous avons l’acteur qui effectue une pirouette pour mettre à terre son assaillant faisant ainsi de lui le héros du sauvetage. C’est à ce moment que le film se rembobine et où nous voyons Van Damme se faire plaquer au sol par les policiers.
La mise en scène du film est inégale nous offrant tantôt une caméra subjective, tantôt des plans fixes ou des plans à l’épaule. Le réalisateur introduit également des flash-backs qui permettent aux spectateurs d’avoir une nouvelle version de la scène vue auparavant. Le but du film était de montrer un Van Damme différent de ses films d’action. Pari réussi, mais la mise en scène n’est qu’une démonstration technique comme si le réalisateur voulait nous prouver qu’il savait parfaitement manier une caméra.
Au bout du compte, le film ne se termine pas en happy-end car Van Damme finira en prison pour détournement d’argent. Le dernier plan nous montre l’acteur derrière la vitre de la prison avec au premier plan sa fille qui vient renouer les liens familiaux avec son père. Cette dernière image résume parfaitement la vie de l’acteur : Jean-Claude Van Damme sera toujours l’acteur se trouvant derrière la vitre comme emprisonné par ses dires philosophiques et ses films d’action. Enfermé, la véritable part de l’acteur n’arrivera à s’exprimer que si elle fait partie intégrante de l’action et non pas hors des plateaux.