Les avis diffèrent : en sortant de la salle obscure, This is England nous laisse soit très émus, soit très ennuyés. Avec un tel titre, Shane Meadows nous donne dès le début le ton : en 1h37, il veut nous montrer la véritable Angleterre, sous-entendu celle que d’habitude on ne voit pas, celle aux sombres faces cachées.L’histoire est belle, certes. Le petit Shaun (Thomas Turgoose), 10 ans, nous touche : il vit dans une banlieue miteuse, à l’heure de la terrible Margaret Thatcher et son père vient de décéder lors de la guerre des Malouines. Il ne lui reste que sa mère. À l’école, les autres enfants se moquent de lui et de ses vêtements. Bref, la galère... Mais, ô miracle, le gentil skinhead Woody (Joseph Gilgun) le prend sous son aile et dans sa bande. Endossant doc Marteens et crâne rasé, voilà que Shaun trouve enfin son bonheur... Jusqu’à l’arrivée de Combo (Stephen Graham) — un méchant skinhead, lui — qui va l’entraîner dans les idées racistes extrémistes du Front National. Mais courage à ceux qui ont déjà les larmes aux yeux : l’histoire, après son lot de violence, finit bien.

Dans la lignée de Ken Loach, Mike Leigh ou autres Stephen Frears, Shane Meadows se veut réaliste. Il tourne en 18mm comme ses mémorables prédécesseurs et opte pour une optique autobiographique et documentariste (on pense aux nombreuses images d’archives, du mariage de Diana aux manifestations diverses). Lui-même a grandi dans ces années 80 troubles, dans ces banlieues appauvries, lui-même fut skinhead. Est-ce pour cette raison qu’il cherche à tout prix à être — trop — démonstratif ? La finesse manque et le regard enfantin, qui devrait pourtant être central, ne se retrouve nulle part. La forme non plus n’innove en rien, à coups de caméra à l’épaule, de grain rugueux et de gros plans de visage... ces films réalistes récurrents censés nous faire réagir commencent à fatiguer le public. On n’est ici pas loin du cliché, du « trop », pour rendre ce passé crédible... On rit du look post-hippie de la mère de Shaun, des filles skinheads qui se maquillent à la truelle et de leurs coiffures monstrueuses. Les problèmes évoqués, graves, restent d’actualité, pourtant Meadows semble les enfermer dans des années Thatcher presque caricaturées. Une visée sociale et politique un peu manquée.

Finalement, la trame la plus intéressante du film, c’est ce petit garçon perdu, à la recherche d’un nouveau modèle après la mort de son père. Woody, Combo... Shaun suit, du positif au négatif. Combo lui promet « I won’t let you down » (« Je ne te laisserai pas tomber »), mais ce nouveau père se révèlera aussi faible et décevant que les autres. D’ailleurs, on comprendra en parallèle qu’en Combo se trouve également cette blessure terrible et profonde de l’absence de la figure paternelle. Mais Shaun, lui, mûrit, ce n’est plus le bébé rondouillard des premières scènes. Il retournera finalement à sa solitude et à son intégralité, faisant ses propres choix, abandonnant le modèle enfantin du père tout puissant.
Ainsi, This is England demeure loin du raté total, on réussit à s’attacher au destin de Shaun. La larme à l’oeil qu’il a provoquée chez certains lui a même valu le prix du meilleur film aux British Independant Films Awards, le prix du jury du festival de Rome ainsi que celui du festival de Paris en 2007. Toutefois le film manque d’originalité, de fraicheur et d’entrain. Des banlieues sans espoir, on en a trop vu sur nos écrans et Meadows n’y apporte malheureusement rien de neuf.