Gregg Araki était sorti de l’anonymat avec le succès critique et cinéphile de Mysterious skin en 2005, il sort actuellement Smiley face, un film atypique dans sa filmographie, présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Passionné par le milieu adolescent, au même titre que Gus Van Sant ou Larry Clark, il signe ici une comédie légère sur les effets abracadabrantesques de la marijuana dans la journée d’une adolescente hilarante.Réputés anticonformistes, contestataires, voire dérangeants, les précédents films du cinéaste (entre autres : Totally F***ed Up, 1993 ; The doom génération, 1995) étaient sombres et cyniques. Des « apocalypses adolescentes » sur fond de sex and drug. Smiley face est beaucoup plus digeste et insouciant. Anna Faris (Scary Movie 1, 2 et 4 , Lost in translation ...) interprète une jeune comédienne nonchalante et étourdie dont le journée vire à l’hallucination après l’ingestion incontrôlée de trop de space cakes. Entre une audition désastreuse, la menace de son dealer et la récupération involontaire de l’original (très précieux ! ) du manifeste du parti communiste de Karl Marx, la jeune femme multiplie les catastrophes.

Le film s’ouvre sur une introduction pré générique originale. Il s’agit en fait de la situation finale du film, dont la suite forme un long flash forward sur cette folle journée. Jane, grimpée sur une grande roue, parle à une voix qu’elle seule entend. Gregg Araki joue ainsi avec un vieux procédé cinématographique, la voix off, et perturbe la perception du spectateur, ainsi préparé à suivre la focalisation déjouée du personnage principal.
Présente a chaque plan, hormis quelques plans de coupe et contre champs, Anna Faris offre une véritable performance d’actrice. L’élasticité de son visage rappelle les grimaces des plus grands comiques, notamment celles de Jim Carey. L’actrice mène tambour battant l’un des films les plus hilarants de ce début d’année. Les fondus au blanc deviennent une des marques de fabrique du cinéaste, déjà présents dans Mysterious skin, ils prennent dans ce film tout leur sens reflétant visuellement les hallucinations suscitées par l’excès de marijuana. On retrouve aussi les regards caméras dans les premières et dernières scènes de Smiley face. Ces deux procédés renforcent le point de vue interne, le spectateur partage et devient complice du trip et de « la stone attitude » de Jane.

Smiley face est resté confidentiel, les revues critiques ne lui ont accordé que peu d’égard, peu de salles l’ont proposé a l’affiche et le nombre de spectateurs est donc resté faible. Pourtant, ce film est sans doute le plus accessible du réalisateur. Sans pour autant faire tache dans sa filmographie et renié l’esthétique propre à Araki, cette comédie désinvolte reste mineure, moins bouleversante et moins personnelle que les précédents. Ce réalisateur, dans la mouvance des indépendants américains, a peut être voulu fuir les appellations et adjectifs qu’on lui avait trop vite accordés.