Après Adam & Paul - succès 2004 en Irlande qui reçut un nombre conséquent de prix à l’étranger- on attendait avec impatience le second long métrage de Lenny Abrahamson et du scénariste Mark O’Halloran. Pour Garage, tous deux nous emmènent au fin fond d’une campagne irlandaise, dans une petite station d’essence. Un film qui offrit à ce cinéaste encore méconnu en France le prix CICAE à la Quinzaine des réalisateurs du dernier festival de Cannes.À l’abandon. Désolée. Perdue. Pauvre. Triste. Ennuyeuse à mourir. Voilà comment l’on pourrait qualifier cette partie de l’Irlande que l’on n’a pas tant l’habitude de voir. Mais Josie, lui, y mène à sa manière une vie heureuse. Responsable de la station d’essence, ses clients sont rares mais il prend à cœur de les servir le mieux possible, de sortir ses bidons d’huile le matin et de les rentrer le soir.

Josie est simple (on n’a pas dit simplet !) et nous rappellerait presque Forrest Gump. Plein de gentillesse et de tendresse, il ne répond que par son sourire aux moqueries et aux remarques désobligeantes lorsqu’il se rend au bar du coin le soir venu. Il n’oublie pas, chaque jour, d’apporter quelque chose à manger à un cheval du voisinage. Cette petite routine tranquille se voit alors perturbée lorsque le propriétaire de la station lui envoie David, 15 ans, pour l’assister dans son travail. Lui aussi se sent seul : son meilleur ami est bien plus accaparé par sa petite copine envahissante. En bien des choses, David nous fait penser à Josie, et entre eux se noue une amitié particulière, silencieuse. Jusqu’à en faire oublier que David, finalement, est bien jeune…
Soyons clairs : amis de la vitesse, oubliez ! Ici, tout est lenteur et silence. Les dialogues se font rares et ne sont que banalités du quotidien ; la musique est inexistante en dehors du générique. Les plans sont longs, on notera d’ailleurs particulièrement ces portraits de Josie, centré seul avec son gros visage grimaçant -mais plein de bonté-, au milieu du vide des paysages. Une esthétique particulière, que d’aucuns trouveront poétique mais qui risque d’en ennuyer d’autres…Ce qui pourrait sembler logique, sachant que le réalisateur cherche à dépeindre l’ennui d’une petite ville ! Toutefois, le protagoniste éloigne le film de la banalité. Il fait rire, émeut, par sa simplicité et sa démarche originale, sa maladresse. L’acteur (Pat Shortt) s’illustre d’ailleurs comme une véritable star du comique sur le petit écran irlandais.

À l’image, rien n’est véritablement « beau » : les personnages, la station d’essence, le minuscule appartement de Josie, les paysages… Non, mais la beauté se trouve au delà. Dans ces moments de communion entre Josie et le cheval qu’il nourrit, par exemple. Dans l’humour simple du quotidien. Certes, on prend pitié de Josie, de sa triste solitude et de sa ville morose, mais le réalisateur a la justesse de ne jamais tomber dans le pathos. Pas d’effets superflus pour exacerber notre sensibilité, beaucoup de simplicité. Lorsque la fin, tragique, vient nous surprendre, on reste marqué, sans pour autant avoir versé des ruisseaux de larmes durant tout le film (mais n’aurait-on pas aimé être un peu plus ému, justement ?).
Garage peut être pris comme une invitation à la douceur et à la tolérance de son protagoniste, seul dans un monde qui ne le comprend pas. Mais il donne surtout envie, en sortant de la salle obscure, de fuir à toutes jambes la monotonie vide d’une vie dans laquelle on vient d’être plongé durant 1h30.