Peut-on faire plus éclectique ? Une grosse machine hollywoodienne, un film indépendant franco-canadien, du cinéma d’animation old-school, et enfin du burlesque à la française...TERMINATOR RENAISSANCE de McG :

Quatrième volet de la série Terminator initiée par James Cameron en 1985, Renaissance entreprend d’explorer l’univers science-fictionnel aperçu dans les épisodes précédents en situant sa narration dans un futur apocalyptique où les machines de Skynet ont pratiquement anéanti l’humanité. Malheureusement l’épopée futuriste tant attendue se résume vite à une suite d’explosions shootées en plans séquences souvent inutiles et maladroits. McG, ayant définitivement peu de choses en commun avec Cameron, ne se préoccupe jamais de l’implication émotionnelle du spectateur et nous inflige des personnages vides et fonctionnels malgré tous les efforts de Christian Bale en John Connor. L’univers sombre souhaité par le réalisateur nécessitait pourtant une attention particulière à l’écriture des protagonistes. McG s’appuie uniquement sur une photo monochrome ostentatoire et lassante pour signifier l’Apocalypse, au lieu de nous le montrer, en élaguant la destruction de l’humanité pour resserrer sa narration sur un petit groupe de résistants aux enjeux précaires et peu valorisés. Terminator Renaissance manque ainsi particulièrement de personnalité et seules quelques séquences (surtout celles qui réfèrent directement aux deux premiers volets) viennent nous rappeler qu’il s’agit d’un divertissement. Comme quoi un Blockbuster bourrin qui explose de partout peut également se révéler soporifique du début à la fin, malgré le potentiel d’une franchise ici sabordée par une vanité stylistique qui étouffe ce qui aurait dû constituer la substantifique moelle de ce Terminator Renaissance.
par Julien Dumeige
STORY OF JEN de François Rotger :

Le cycle dévastateur de l’exploitation cinématographique continue de malmener chaque mercredi des films singuliers qui mériteraient pourtant une toute autre attention de la part du public, mais aussi du côté d’une presse qui aujourd’hui n’accorde de place aux films dans leurs pages qu’en fonction de leur potentiel commercial. Autrement dit, le dernier film chorale français, aussi mauvais soit-il, sera toujours mieux traité (en quantité s’entend) qu’un film indépendant réussit qui de toute façon ne sera vu par, au mieux, quelques dizaines de milliers de personnes en France... C’est donc le cas de cet épatant Story of Jen, métrage franco-canadien réalisé par François Rotger, qui s’il ne réussit pas l’exploit de l’américain Shotgun Stories (le plus grand film indépendant vu depuis des lustres), continue de faire exister les marges du septième art. En choisissant de suivre l’histoire de Jen, adolescente d’une bourgade reculée d’un grand parc naturel canadien, Rotger dresse tout autant le portrait d’une jeune fille livrée à elle-même que celui d’une région dont la beauté des paysages est inversement proportionnelle à celle de ses habitants dévastés par la misère sociale et sentimentale. On pourrait être au fin fond du Texas, mais c’est bien au Canada que le film se situe. Ce dernier opère plusieurs glissements pour parvenir à ses fins. S’il commence d’abord par observer les relations difficiles qu’entretient Jen avec sa mère (Marina Hands) suite au suicide de son père, le métrage accentue ensuite son regard sur "l’éducation sentimentale" de la jeune fille, qui choisit, contrairement à ses camarades "friends first" (où l’on prône l’abstinance sexuelle), de tomber sous le charme d’un cow-boy (sidérant Tony Ward) mal vu qui ne cherche pas non plus à redresser Jen dans le droit chemin. Malgré quelques séquences inégales (surtout les confrontations entre l’héroïne et sa mère), Story of Jen consacre un grand cinéaste amoureux de la nature. Cet amour se retrouve d’ailleurs magnifié lors de la chasse-à-l’homme finale, et la tragique destinée du fugitif, qui, in fine, communie avec son environnement naturel. Que sommes-nous, simples mortels, dans cet espace infini impossible à dompter, quand nous ne parvenons même-pas à accorder nos vies avec nos semblables... ? François Rotger livre un film riche et passionnant, qu’il vous faut voir absolument.
par Julien Hairault
CORALINE de Henry Selick :

Après avoir vu Coraline, on est en droit de se demander s’il vaut encore la peine de se déplacer pour des films tels que Madagascar 3 ou Volt, dont la laideur graphique n’a d’égale que l’abyssal vide scénaristique. Parce qu’il faut bien préciser que Coraline est salvateur a différents niveaux. Avant d’être un conte fantastique remarquablement mis en images (qu’on le voit en 2D ou 3D, le plaisir est le même), c’est avant tout une oeuvre de cinéma fédératrice et pédagogique, qui permet aux plus jeunes spectateurs de vivre leurs premiers frissons cinématographiques, et pas des moindres. Avec ses parents, Coraline s’installe dans un trou paumé de l’Oregon (le film ayant été réalisé à Portland, en passe de devenir un sacré nid de création cinématographique). Dans sa nouvelle grande maison, Coraline trouve le temps long, et finit par franchir une petite porte qui la mènera tout droit vers une version alternative de sa propre vie : un monde plein de couleurs où ses parents sont affectueux et fin gourmets. Seul hic, ces merveilles sont factices, et derrière cette seconde mère, se cache une sorcière prête à tout pour emprisonner Coraline pour l’éternité. Aidée par un voisin et un chat malicieux, la jeune fille, ainsi que le spectateur, affrontera donc de nombreuses épreuves traumatisantes, mais aussi drôles (grâce aux deux excentriques voisines du dessous, ou à l’acrobate russe du dessus). Amusant, gentiment effrayant, et surtout, bourré de détails et d’innovations formelles, Coraline satisfera petits et grands, et s’impose surtout comme une alternative hautement recommandable aux productions mainstream (raccoleuses et paresseuses) du genre.
par Julien Hairault
FAIS-MOI PLAISIR ! d’Emmanuel Mouret :

Le dernier film d’Emmanuel Mouret est une pale copie de The Party de Blake Edwards, matinée d’un soupçon de burlesque à la Tati. Ce n’est pas mauvais non plus, puisque cet imbroglio amoureux (une femme demande à son fiancé de coucher avec une autre, accessoirement la fille du Président de la République...) nous arrache quelques sourires, grâce notamment à de précieux dialogues et à une interprétation d’ensemble à l’avenant (Judith Godrèche, Frédérique Bel et l’exquise Déborah François, sont toutes parfaites dans leur rôle respectif). Reste que le profond manque d’originalité de nombreux gags (le poussif coup du rideau coincé dans la braguette, le mannequin voyeur près de la fenêtre, ou encore l’amant jaloux incarné par Danny Brillant) ternissent un peu le tableau. Par paresse, Mouret semble reprendre les codes du cinéma burlesque sans trop se soucier d’un spectateur qui est en droit d’en attendre davantage. On l’a dit, les dialogues souvent savoureux agissent ici comme une bouée de secours. A vrai dire, on est même impressionné par l’imposant travail de diction des comédiens, et des nombreux bons mots qui en découlent.
par Julien Hairault