Un film d’horreur britannique (The Children), de l’animation belge délirante (Panique au village), un drame chilien émouvant (La Nana), un couple de stars fatigué (Mademoiselle Chambon), et enfin une grosse machine U.S. décevante (Clones) : les notules de cet automne embrassent large...THE CHILDREN de Tom Shankland

Mini-buzz ces dernières semaines autour de ce film d’horreur anglais au scénario dérangeant : la veille de Noël, deux familles se réunissent dans une maison de campagne isolée de tout. Après une nuit, les enfants commencent à se comporter bizarrement, cherchant à nuire à leurs parents... Tom Shankland (réal du réputé DTV Waz) a là un script peu commun. Rares sont les films à s’être aventurés sur le terrain glissant de la violence infantile. On citera pour l’exemple Les Révoltés de l’an 2000. The Children ne réussit toutefois pas entièrement son pari, puisqu’à trop vouloir intégrer la rébellion de ces sales gosses au cœur d’une série B bannale, Shankland se délaisse de tout propos subversif. Si cela peut choquer de voir des enfants poignarder leurs parents, ou leur tendre des pièges odieux et pervers, aucun véritable discours ne vient réellement se greffer à cet argument choc. Au final, la présence de ces enfants-tueurs ne fait pas plus et pas moins frémir que n’importe quel tueur en série.
Dommage, car l’efficacité du film est là, dans toutes ces séquences de boucherie où Shankland arrive à nous flanquer une bonne frousse, sans jamais toucher au génie. On gardera toutefois longtemps en mémoire le final ouvert et apocalyptique de The Children dans lequel la belle Eva Birthistle (vue chez Ken Loach dans Just a Kiss) espère jusqu’au bout pouvoir sauver sa peau et celle de son adolescente de fille, la véritable héroïne du métrage. Les habitués du genre horrifique trouveront de quoi passer un agréable moment devant ce film. Les autres passeront sans doute leur chemin, en espérant qu’un jour le grand film d’horreur européen de l’année sorte enfin en DVD (on parle de Morse ici).
Par Julien Hairault
PANIQUE AU VILLAGE de Vincent Patar et Stéphane Aubier

Le cinéphile doit savoir s’accorder des moments de répits, comme des plaisirs coupables dont il se gardera, à tort, d’en annoncer la couleur à ses confrères. Aller voir Panique au village, c’est forcément régresser. On peut toujours se dire que le film a cartonné à Cannes en mai dernier, où il était présenté hors-compétition, et que finalement, derrière ses figurines en plastique, il s’adresse davantage aux éternels ados que nous sommes, plutôt qu’aux plus petits. La cadence infernale de l’intrigue (les aventures d’un cow-boy, d’un cheval, et d’un indien après une malencontreuse commande de 50 000 000 de briques pour construire un barbecue !!!), le rythme effréné de la diction des dialogues (voix off de Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners et Jeanne Balibar), et une cascade de gags assaisonnés à l’humour belge, font que l’on passe soixante-quinze minutes de pur bonheur, qu’il serait particulièrement dommage de rater. Voir Panique au village, c’est aussi soutenir un cinéma d’animation artisanal et terriblement inventif, toujours plus intéressant que de se ruer dans les salles pour voir les dernières productions des riches studios américains, qui aujourd’hui rivalisent de médiocrité. A bon entendeur...
Par J. H.
LA NANA de Sébastian Silva

Pour son deuxième long métrage Sébastian Silva filme l’histoire de Raquel. La nana ou la bonne en français. Il s’inspire d’une histoire réelle, la sienne, celle de sa famille qui faisait partie de la petite bourgeoisie chilienne et de leur domestique.
Sébastian Silva n’ambitionnait pas de tirer un portrait sociologique des conditions de vie des domestiques, ni même des familles bien pensantes qui les emploient. Il nous raconte une histoire particulière, qui n’appartient qu’à Raquel et à ses patrons. Un huit clos savoureux, dans lequel Sébastian Silva joue avec ses personnages telles des marionnettes dont il connaît les failles. Il actionne tous les codes d’une intrigue réussie, sachant transformer une situation comique en une scène atrocement cruelle, en nous transmettant sa culpabilité. Il réussit parfaitement les transitions entre le climat angoissant et tendu qui règne durant toute la première partie du film et la le sentiment de liberté qui imprègne l’écran à la fin. Raquel est un personnage atypique. Une nana têtue, aimante et terriblement privée d’amour. Cette carence affective transperce l’écran et rend ce personnage terriblement touchant et indispensable. C’est donc un film d’une grande justesse que nous livre Sébastian Silva, une réalisation sans prétention pleine d’humour, créée à partir d’un destin simple. Une très belle aventure humaine.
Par Chloé Pangrazzi
MADEMOISELLE CHAMBON de Stéphane Brizé

L’intrigue est simple, Vincent Lindon est ouvrier, il est marié et tombe amoureux de Sandrine Kiberlain, la maîtresse de son petit garçon. La fameuse dualité entre passion et raison, un leitmotiv que nous ressert inlassablement le cinéma français. Lui vient donc d’un milieu modeste et tombe en admiration devant la maîtresse-violoniste de son fils. Rien ne nous est épargné. Malgré quelques scènes plutôt réussies, ce film n’est malheureusement qu’une suite d’événements vides de sens et d’intérêts. Les scènes d’amour platonique entre ces vrais faux amants sont toujours construites sur le même schéma ce qui crée des longueurs particulièrement visibles et conduisent incontestablement à l’ennui. Mademoiselle Chambon est un film très décevant, conduit par un Vincent Lindon et une Sandrine Kiberlain en petite forme.
Par C. P.
CLONES de Jonathan Mostrow

Dans un futur plus ou moins proche, les Hommes pourront avoir des clones qui les remplaceront dans leurs actes quotidiens, tout en choisissant une apparence avantageuse. Dans ce monde-là, hommes et femmes sont alors tous des top-modèles à la plastique généreuse, quand le "sac à viande" (l’être humain qui reste à la maison dans son fauteuil) est bien souvent gros et négligé. Alors que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, deux agents du FBI sont chargés d’enquêter sur la mort du fils du créateur de ces clones... Le principal défaut du dernier film de Jonathan Mostrow est de ne durer qu’une heure et vingt-cinq minutes. Paradoxal quand la tendance générale est à la production de films de plus en plus long. 85 minutes donc, c’est bien trop peu pour espérer tenir un quelconque discours sur nos sociétés basées sur les jeux d’apparence, et la place de moins en moins visible réservée à l’humain. Du coup, Mostrow assume se concentrer uniquement sur l’action et l’intrigue : les rebondissements s’enchaînent à vitesse grand V, la musique ne s’arrête jamais de mettre sous pression le spectateur, le dénouement dure pas loin de vingt minutes... On a vu des blockbusters plus concernés et ambitieux.
Par J. H.