Marie-Antoinette (Un film de Sofia Coppola)
Tout d’une reine
Par David Honnorat, le 4 juin 2006 2006
Introduisant sa caméra dans les splendeurs du chateau de Versailles, Sofia Coppola signe un film intimiste qui ne se soucie guère des réalités historiques. D’ailleurs qu’est-ce que l’Histoire au cinéma ? Une couleur, un décor, un miroir.

Marie-Antoinette (Kirsten Dunst), jeune fille enjouée, épouse Louis-Auguste, dauphin du royaume de France, jeune homme maladroit et passionné... par la serrurerie. Sous la pression de sa mère et des railleries de la cour, Marie-Antoinette met tout en oeuvre pour que le dauphin cède à ses avances. Il lui faut en effet donner à la France un héritier ; sans quoi son statut ne sera jamais assuré. Parallèlement le roi meurt et le jeune couple est appelé à régner.

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Dans le décor fastueux du château de Versailles, le cinéma de Sofia Coppola continue à parler de la même chose : la jeunesse qui vient et qui s’en va. Car cet état de grâce sublime qui rend les filles terriblement belles n’est malheureusement pas éternel. La jeunesse quand on ne se l’enlève pas soi-même (Virgin Suicide) s’étiole avec le temps et la maturité (Lost in Translation). Dans Marie-Antoinette c’est le poids de l’Histoire (peut-être son seul rôle dans le film) ou de la société qui contraint la jeune reine à dire adieu aux splendeurs de ses plus belles années. Ce temps bénit qui dans un dernier regard, un dernier plan, parait anéanti : on voit une chambre détruite, c’est une jeunesse brisée.

Cette idée de la jeunesse, Sofia Coppola l’inscrit dans l’espace de son film. Versailles est, pour Marie-Antoinette, le lieu symbolique de la jeunesse, et ses mouvements dans l’espace traduisent une évolution dans le temps. C’est d’abord une marche, des adieux à la mère, un voyage et l’abandon d’un chiot qui font quitter l’enfance. Puis c’est une entrée, un passage d’un âge à un autre, de l’enfance à l’adolescence, de l’Autriche à la France. On la voit ensuite marcher pour se présenter à Louis-Auguste en pleine forêt, puis au milieu des gens de la cour lors de son arrivée à Versailles. A chaque plan la jeune fille gagne en rondeur et en assurance et c’est encore en marchant, jusqu’à l’autel, qu’elle entre enfin dans la jeunesse et dans son statut de dauphine du royaume de France. Toute cette trajectoire, cette marche convaincue de la jeune Marie-Antoinette nous conduit au coeur du film.

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On suit alors la jeunesse de Marie-Antoinette à proprement parler. Celle-ci comprend vite que pour assurer son rang il lui faudra avoir un enfant du Dauphin. Pendant un long moment toute la tension du film est alors orientée dans ce sens. Kirsten Dunst campe un personnage qui se plie avec circonspection aux rituels de la cour et affronte les railleries du tout Versailles. Les critiques redoublent quand sa belle-soeur, comtesse de Provence, accouche d’un garçon : le premier Bourbon de sa génération. Humiliée et frustrée, Marie-Antoinette s’isole et noie son chagrin dans des plaisirs futiles : abondance de fringues de champagne et de sucreries.

Un soir, Louis-Auguste devenu Louis XVI cède finalement à ses avances. Dans le plan qui suit on voit Kirsten Dunst sourire aux lèvres s’allonger dans l’herbe et faire ainsi écho à Virgin Suicide où elle était laissée seule sur la pelouse d’un stade après une "nuit d’amour". Ce lien direct à son premier film est un indice, non pas de la modernité du sujet traité dans Marie-Antoinette, mais plutôt de sa proximité. Une paire de Converse au milieu des chaussures XVIIIème et des chamailleries de campus tout droit venues des teen-movies, elle joue le décalage pour insister sur l’intemporalité du portrait qu’elle réalise. Si Sofia Coppola fait entendre sa musique préférée (The Cure, New Order, The Strokes...), si elle filme un bal masqué à l’Opéra Garnier comme une soirée en boite et un retour en carrosse comme un premier métro, c’est, semble-t-il, plus que pour introduire un anachronisme formel, nous dire qu’on est ici chez elle. Quelques plans montrant Kirsten Dunst faire de la buée sur la vitre de son carrosse ou s’éveillant péniblement après une soirée animée nous paraissent étonnamment familiers ; il est question des filles d’aujourd’hui et de toujours, celles qu’on côtoie et qu’on aime.

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On retrouve ici les traits de la génération aux extrémités de laquelle se trouvent Kirsten Dunst (24 ans) et Sofia Coppola (35 ans). Ne sachant pas trop quoi faire de la richesse que constitue sa jeunesse (Versailles), Marie-Antoinette la brûle par les deux bouts. Et quand, trop tard, elle prend conscience de ce qui a peut-être été un gâchis, il n’y a pas de regrets, mais des adieux. Aux mouvements vers l’avant qui animaient le début du film, se substituent des travellings arrières ; on retire à Marie-Antoinette ce qu’elle avait si facilement obtenu.

Avec grâce et élégance Sofia Coppola a donc réussit à investir le lieu Versailles pour en sublimer les formes et produire une oeuvre plastique. Mais derrière ces atours réside l’essentiel, le cri fulgurant et désespéré d’une jeune fille qui a enfin grandit. Entre nostalgie et gueule de bois, Marie-Antoinette est un regard posé sur cette jeunesse passée trop vite (comme une fête à Versailles), avec le douloureux sentiment d’avoir perdu le plus précieux. Et en repensant à cette scène de A little princess, le film pour midinettes d’Alfonso Cuarón, où la jeune Sara s’écrie que "toutes les filles sont des princesses" on se dit que le talent de Sofia Coppola est d’en faire des reines.

Images : © Sony Pictures Entertainment






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  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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