À la fin du film, la salle ne bronche pas. Personne ne se rue vers la sortie. Les yeux restent fixés au générique du Premier jour du reste de ta vie. Il faut du temps pour se remettre de ce film déstabilisant : bourré de clichés mais jamais ennuyeux, émouvant à pleurer sans pouvoir définir précisément sa force, charmant mais loin de la naïveté.Sur l’affiche, il est écrit « Cette famille, c’est la vôtre ». Effectivement. Les Duval ne sont rien qu’une famille ordinaire. Une famille qui souffre face au temps qui passe, une famille qui parfois se détruit, parfois s’aime.

Au menu : une crise d’adolescence, un mariage, une histoire d’amour ratée bêtement, un décès… D’accord, rien d’original en soi, du vu et revu. Même les personnages pourraient être de simples clichés. Dans la famille Duval, je voudrais la fille, Fleur, qui tourne mal à la Thirteen. Je voudrais le fils, Raphaël, qui se la joue Tanguy en restant au domicile parental. Et le père, Robert, adepte de la cigarette, qui pourrait répéter « le tabac c’est tabou » dans le Pari… Mais, bizarrement, avec ces ingrédients, Rémi Bezançon réussit à faire de son film de l’inédit. En chaque personnage, chaque thème, chaque événement, sa sensibilité sort de l’ordinaire.
De l’originalité, aussi, dans l’écriture elliptique admirablement maîtrisée. Le récit se divise en cinq chapitres, soit cinq journées à intervalle de plusieurs années. Il offre un condensé de moments forts. On se laisse porter par des flashbacks, par des vidéos familiales en super-8... Le réalisateur se penche sur ce temps qui passe et qui détruit tout. On voudrait le remonter, recommencer lorsque la vie ne nous satisfait plus, alors que la solution se trouve dans le futur. Chez le grand-père Duval, le vieil homme oblige régulièrement sa descendance à rester en silence une minute, devant un sablier qui s’écoule. Selon lui, « c’est important de regarder le temps en face ». Ses enfants et petits-enfants en rient, mais ils comprendront la leçon par la suite. Avec l’expérience.

Les cinq protagonistes apprendront à accepter de vieillir, de grandir. À l’image –frappante- de cette innocence qui s’enfuit lorsque Fleur perd sa virginité avec un profiteur : la petite fille blonde qu’elle était regarde, impuissante, la porte fermée de la chambre, par laquelle une mare de sang s’échappe. Le temps détruit l’enfance. Mais le temps saura aussi guérir les blessures, chaque chapitre est un nouveau départ… « le premier jour du reste de ta vie ». L’ensemble s’ancre dans un grand cycle de morts et de naissances, celui de la vie.
Alors, le film secoue. On n’a plus envie de perdre du temps, on veut profiter de chaque instant. On veut vivre sans nostalgie. On veut aimer sa famille avec tous ses défauts. Le but le plus ultime de l’art n’est-il pas de changer son spectateur ? Le cliché des thèmes et des personnages, les difficultés exagérées et multiples de la famille permettent à chacun de retrouver son propre vécu. L’identification se met en route. Et, avec elle, les émotions fortes. Rémi Bezançon dépeint si bien la vie… Il sait faire ressortir avec force nos peurs, nos douleurs du passé. À l’écran, elles s’exorcisent. Pour son second film (après Ma vie en l’air en 2005), ce jeune réalisateur a déjà compris beaucoup.
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