Benoît Poelvoorde en tête d’affiche pour une comédie pas tout à fait à la française. Méditation inspirée et stylisée sur le bonheur, Du jour au lendemain manque cependant d’efficacité.François Berthier a une vie pourrie. Sa machine à café l’agresse, un chien aboie, personne ne lui dit bonjour, le néon clignote, sa femme le quitte pour un chef de chantier, et c’est la catastrophe au boulot. Si seulement les choses pouvaient aller un peu mieux, si seulement il pouvait avoir une part de tarte aux fraises au restaurant d’entreprise, si seulement la pizzeria cessait de mettre ce foutu jaune d’oeuf sur sa pizza.

Heureusement on ne s’inquiète pas beaucoup pour lui, le titre annonce la couleur : Du jour au lendemain, tout va mieux. Rapidement Berthier vit un bonheur total, tant professionnel que sentimental. D’abord ravi, Berthier finit par s’inquiéter de ce revirement soudain. Il mène alors l’enquête et essaye de comprendre comment ce miracle a pu se produire. Mais rien à faire le bonheur, "cette affaire de médiocre et qui use le coeur" (Renaud Séchan), le poursuit inlassablement jusqu’à une scène de comédie musicale colorée et dégoulinante. C’est l’overdose, Berthier rejette tout en bloc : petits bonheurs quotidiens, réussite professionnelle, mais aussi sa femme qui lui était revenu. Berthier devient fou. Interné, il ne rêve plus que d’une chose, retrouver sa vie d’avant quand tout allait de travers, quand, surtout, il avait des raisons d’être triste.

Pour Philippe Le Guay, le réalisateur, Du jour au lendemain est une "comédie inquiète" (il avait déjà employé cette expression à propos de son film L’année Juliette), mélange de légèreté et de cruauté. Le comportement du personnage de Benoît Poelvoorde nous suggère un autre terme : la "psychomédie", genre où la légèreté et le comique sont à tendance maniaco-dépressive. Quoi qu’il en soit, le film de Philippe Le Guay est incontestablement à part, et se distingue très nettement de ce qui se fait habituellement dans les comédies françaises. Preuve en est l’interprétation de Poelvoorde, qui, à l’image du film, est totalement déstabilisant. L’acteur belge qui, depuis Entre ses mains, a montré qu’il possédait aussi un registre dramatique, nous laisse la curieuse impression de se retenir d’être drôle. Est-ce un nouveau tournant dans la carrière d’un homme que l’on connaissait jusqu’ici massif, infatigable et décapant ? A y regarder de plus près on s’aperçoit que son domaine véritable serait justement de jouer des êtres fragiles, parfois borderline, troublants personnages qui font rire presque jaune (on pense bien sur avant tout à C’est arrivé près de chez vous).
Malheureusement, dans toute sa deuxième moitié, le film patine et chaque séquence semble inachevée. Le malaise créé par l’attitude de Berthier reste superficiel et n’est jamais vraiment justifié à l’écran. Les acteurs qu’on avait pourtant vu si bons ailleurs (Poelvoorde, Anne Consigny, Rufus) sont ici décevants et rarement justes. Un film au final agréable mais qui aurait pu être tellement meilleur qu’on ne peut sortir de la salle que déçu.