Match Point (Un film de Woody Allen)
Tragédie en 3 sets ?
Par David Honnorat, le 30 octobre 2005 2005
Il en va de la vie comme des matchs de tennis, parfois la balle touche le filet alors la chance décide de la suite : on gagne, on perd. Woody Allen excelle dans l’image "leçon de vie".

Il y a presque trente ans Woody montrait sa frimousse plein cadre pour nous dire avec malice sa vision des relations humaines : une "histoire d’oeufs fous". Depuis Annie Hall la recette n’a pas beaucoup changé. Match Point a aussi droit à son prologue et à son épilogue (un peu moins marqué) pour nous dire la vie comme Allen la voit.

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Chris Wilton (Jonathan Rhys Meyers) est un jeune irlandais ambitieux et brillant. Issu d’un milieu modeste, il est très doué pour le tennis. Mais parce qu’il n’est pas séduit pas le circuit professionnel, il devient prof de tennis dans un club huppé de Londres. Bonne stratégie puisque cet emploi lui permet de se faire rapidement d’excellente relations et d’organiser ainsi son ascenseur social. Ce Julien Sorel britannique se trouve immédiatement confronté à un dilemme. Entre sa passion pour la pulpeuse Nola (Scarlett Johansson "juste" sublime) et ses rêves de grandeur, qu’il réalise en se mariant à Chloé, "une fille de la haute", Chris ne parvient pas à choisir.

Alors, parce que chez Woody les hommes sont lâches, Chris (comme Judah dans Crimes and Misdemeanors) opte pour le confort. Mais le film ne porte pas véritablement sur les ravages de la passion, ou la vanité de l’ambition. Il s’agit bien davantage de montrer à quel point la chance prévaut sur la bonté.

Un temps Allen nous fait croire à l’existence d’une justice divine. La chance, et en l’occurrence la malchance semblent alors à propos. Mais dans un final magnifiquement radical, il laisse triompher l’insensé.

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Dans Crimes and Misdemeanors il confrontait l’idée de l’impunité à deux interprétations de la foi juive (scène du diner de famille). Ici, on a affaire à des personnages de tradition calviniste, c’est à dire une tradition dans laquelle il n’y a pas d’idée de pécher. Ainsi le sentiment de culpabilité n’est pas fonction des actes, mais de la volonté de Dieu. S’il est croyant Chris n’a donc pas à avoir de remords dès lors qu’il est sauvé par la chance. Le fait qu’il soit par ailleurs fortuné lui permet de se sentir élu de Dieu.

Cependant, et c’est plus probable, Chris peut être athée. Dans ce cas, c’est un fond de compassion humaniste qui explique pourquoi les fantômes de ses victimes viennent un temps lui donner des remords. Mais ces remords ne sont que temporaires, liés à l’émotion suscitée par son acte, car Chris qui bouquine Dostoïevski est bien placé pour le savoir, "Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis".

Match Point a ceci de beau qu’il donne des réponses sans poser de questions. C’est pour moi le propre du cinéma, ce qui l’oppose à la littérature. En cela, Match Point est une fable amorale qui va à l’essentiel. Le film s’attarde en revanche sur les moments de magie absurde qui définissent tout le reste.

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C’est depuis longtemps une habitude Woody Allen livre ici une critique acerbe d’un snobisme social et intellectuel qu’il incarne par ailleurs. Grâce à une construction sans faille, il révèle l’absurdité du monde et fait en sorte qu’on en rit. L’enchaînement des séquences est particulièrement bien vu et on lit l’évolution de l’histoire et des personnages en pointillé, entre les scènes. Mais le changement de décor à lui seul justifie la question : Allen est il encore Allen à 10000 km de Brooklyn ? Certes il y a dans Match Point un goût inhabituel de tragédie, et puis Woody ne joue pas dans le film. Mais son ombre est bien là, on l’imagine fantôme, nous prenant à partie au milieu d’une scène pour nous dire la cupidité des hommes. Son absence donne au film l’élégance d’une satire muette.

Images : © TFM Distribution






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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