Après Dogs Day, qui fut primé à Venise en 2002, Ulrich Seidl, revient avec Import Export dans lequel il dépeint la vie de deux êtres désespérés qui se voient contraints de quitter leur pays d’origine, et de s’exporter loin d’une terre qui n’est plus en mesure de combler leurs attentes. Olga (Ekateryna Rak) est ukrainienne. Paul (Paul Hofmann) est autrichien. Olga est infirmière et partage son appartement avec sa mère et son petit garçon, jusqu’au jour ou son renvoi la conduit à se prostituer sur internet...Tout n’est qu’humiliation dans ces bureaux froids et sales ou résonnent les paroles agacées des hommes excités. La situation devenue insupportable, Olga décide de quitter son Ukraine. Un dernier bain, un dernier baiser à son enfant et Olga monte dans un train qui la conduira en Autriche. Paul, lui est vigile. On suit avec intérêt sa première apparition qui nous donne à voir un personnage à la fois très violent et terriblement touchant. On le voit donner des coups de poing dans le vide, chahuter avec un chien pas très rassurant, se disputer avec sa copine et se faire humilier par une bande de jeunes qui mettent à mal sa virilité. Paul se fait licencier mais préfère taire les véritables raisons de son renvoi auprès de son père, quitte à se faire rappeler qu’il lui doit de l’argent. Accablé par les dettes, et de plus en plus perdu, il se lance avec son père dans un trafic de machines de bistrot sur toute l’Europe centrale. Un périple qui le conduira jusqu’en Ukraine. Loin d’être un rêve, ces deux destinations sont pour nos personnages, l’ultime chance de se ressaisir et de redonner un peu de sens à leur vie.

Issu du documentaire, Ulrich Seidl peint dans ce film un univers froid et déshumanisé ou les scènes deviennent de plus en plus sordides et glauques. Tout en évitant le voyeurisme, il témoigne de la tristesse et de la solitude des populations de ces deux pays. Il nous livre avec une distanciation froide une vision du monde plutôt désespérée où les chômeurs sont manipulés durant des séances de simulations d’entretiens d’embauche, durant lesquelles on leur promet qu’il est possible de trouver un travail avec un simple sourire, où les gens se font renvoyés injustement, comme Olga qui se fait mettre à la porte par une bourgeoise sans aucune raison, ou encore des jeunes prostituées obligées d’assouvir le moindre désir des hommes riches. Il mêle avec justesse, documentaire et fiction, en accordant une place toute particulière à ses deux protagonistes, qu’il dessine avec empathie. Il réussit à leur restituer leur humanité, à les mettre en exergue dans cet univers ou l’humain semble si peu important, durant des scènes courtes, qui viennent rompre le rythme d’un film réalisé, pour la plupart, avec de longs plans séquences. Un univers qui devient en l’espace d’une seconde, plus vivable, plus réconfortant. Les corps deviennent alors plus chauds et dansent naturellement, les langues se délient le temps d’une confession et parfois quelques rires spontanés viennent casser le silence des malheureux. Ulrich Seidl offre à ses deux personnages une chance de salut, que ce soit pour Paul qui décide de chercher du travail en Ukraine, laissant son père et ses délires pervers loin derrière lui, ou pour Olga, qui se voit apprécier des personnes âgées pour qui elle travaille et qui se sent enfin utile.

A travers son regard glacé, Ulrich Seidl nous livre un film très dur, mais qui n’est pas pour autant désespérant et pessimiste. Le film se termine par une scène magnifique ou les vielles dames, esseulées dans cet hôpital glacial, se laissent aller à leur délire et parlent de religion, de mort... En accordant à leur parole une dimension musicale, le cinéaste ajoute à son film une once d’espoir, en témoignant de sa foi en l’humanité.