Mesrine, Coco Chanel, W., Coluche, Sagan, etc. Les biopics fleurissent de part et d’autres. Le terme même était inconnu il y a quelques temps, avant de sévir sur toutes les lèvres… On ne pouvait donc plus attendre pour s’attaquer à LA personnalité fascinante par excellence, le Che. Forcément en deux volets.Du débarquement à Cuba à la victoire de Santa Clara, le premier opus s’intitule sobrement L’Argentin. Étrange titre, qui présagerait une focalisation sur un portrait… Ce n’est pas le cas. Si Carnets de voyage de Walter Salles charmait par l’exploration d’une personnalité surprenante, avant le combat révolutionnaire, l’opus de Soderbergh ne fait que représenter une avancée armée sur les terres cubaines. Comment le Che a-t-il dirigé des troupes, comment les forces révolutionnaires ont-elles vécu…

On déplore le peu d’aspects politiques et l’absence d’engagement. Le film reste froid et Soderbergh refuse de se mouiller. À son habitude, le réalisateur cherche la distance. Pas de déification du Che : il n’est plus un mythe, mais un homme comme les autres. On est loin du cliché -béret et havane- reproduit sur t-shirts et briquets, vendu à travers le monde… De la sobriété, bravo. Jusque dans la manière de filmer. Mais… où sont la fougue, la volonté à toute épreuve, l’idéalisme ? Ce Che-là est platement ennuyeux. Les événements s’enchaînent rapidement, sans prendre le temps d’en explorer assez les dimensions humaine, psychologique, idéologique. Pourtant, le film est déjà long… Même très long. Il aurait fallu faire des choix.
Devant les Nations Unies, l’Argentin déclare : « Un véritable révolutionnaire est guidé par l’amour. L’amour des hommes, l’amour de la justice ». Le film est en manque d’amour, malheureusement. Mais Benicio Del Toro est là pour apporter sa passion : le Che est sauvé par son acteur. Il interprète à merveille ce rôle difficile. Ses douleurs corporelles, ses blessures, son asthme nous font souffrir. Son regard est troublant. On sent Benicio Del Toro galvanisé par son personnage : depuis 2000, l’acteur cherchait un réalisateur pour ce film qui lui tenait à cœur. Cette fascination aurait pu l’entraîner dans le cliché, mais il ne tombe jamais dans cet écart. Il reste subtil et ne surjoue pas. Le prix cannois d’interprétation n’est pas volé.

Le plus prenant demeure les moments où Ernesto Guevara se livre. En alternance avec le récit cubain, on assiste à une intervention passionnée à la tribune des Nations Unies et une interview avec une journaliste américaine. Ces séquences nous sont offertes en noir et blanc : ni images d’archives, ni flash-back, le procédé ne respecte pas les codes chromatiques et étonne. Sans être déplaisant. Le contraste entre la verdoyante nature cubaine et des Etats-Unis en noir et blanc apporte au film une certaine originalité.
Toutefois, le film reste finalement plus intéressant historiquement qu’artistiquement et ne prend pas de risque (sauf celui de nous ennuyer). Il reste encore deux heures sur ce monument de 4h15... La suite, Guérilla (dans les salles le 28 janvier) pourra-t-elle être plus captivante ?
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