Sierra Torride, métrage daté de 1970, est incontestablement l’un des tous meilleurs films de Don Siegel. En pleine révolution mexicaine, un cow-boy solitaire (Eastwood, forcément) protège une religieuse (divine Shirley MacLaine), qui se révèle être une résistante juariste, poursuivie par les français...L’originalité première de Sierra Torride est sans conteste son script trans-générique. Si le gros de la trame épouse les codes du western, de l’errance en plein désert aux multiples gunfights ; la comédie romantique, et la comédie tout-court, sont aussi au rendez-vous. Dans la filmographie de Don Siegel, la chose est assez rare pour être signalée. Ce mélange des genres est d’autant plus détonnant qu’il est parfaitement maîtrisé.

Tout commence assez sauvagement. Hogan (Eastwood) sauve Sara (MacLaine) des mains malveillantes de trois bandits, qui s’apprêtaient on s’en doute à la violer. A ce moment-là, Eastwood est déjà dans son rôle de L’Inspecteur Harry, qu’il incarnera un an plus tard. Inflexible et doué de la gâchette, il ne tarde pas à éliminer ses opposants, incarnant au passage le "mâle" dans toute sa splendeur, libérateur de la femme. La suite du film est à l’avenant, machiste à souhait (voir comment Sara se ridiculise sur un âne, à la traîne derrière Hogan). Mais une heure et demi plus tard, un rebondissement vient modifier la donne. Hogan aura été sauvé deux fois par Sara, avant que celle-ci, de retour dans son village, ne révèle finalement sa vraie nature. Tout sauf une femme d’église, elle est en fait une prostituée. Si le twist est prévisible, le film se place alors sur un nouveau rythme qui est plus de l’ordre du buddy movie, où les deux acolytes, aidés par les résistants mexicains, s’en vont à l’abordage d’une base de soldats français.
Sierra Torride est un film qui fourmille d’excellentes idées. Les premiers plans sont saisissants. Hogan y est filmé de loin, sur son cheval, dévalant une colline sur un fond rouge, celui du soleil couchant, alors que la musique de Morricone joue déjà d’un certain décalage qui sera celui du film dans son ensemble. Les effets de suspens sont ainsi désamorcés par un humour salvateur (l’épisode du pont à abattre, où Hogan, ivre et blessé, n’arrive pas à bien viser sa cible). Musique toujours, avec cette géniale trouvaille qui consiste à accompagner Sara d’un thème angélique, dès le départ too much, et qui annonce le revirement à venir. Dès les premiers plans, la musique participe à la caractérisation des personnages dans une œuvre qui respire le cinéma de genre.

Sierra Torride est ainsi une excellente comédie, émaillée de scènes d’action efficaces et sèches, où le gore s’invite parfois, comme lorsqu’un rebelle mexicain plante une hache dans la tête d’un soldat français. Sans compromis, le cinéma de Siegel obéit à quelques tics bien solides et ancrés dans la mémoire du spectateur, qui aident à façonner une bonne série B. Celle-ci est plus réussie que d’autres car elle mélange avec un plaisir fou et communicatif, toutes les composantes du divertissement américain : humour, action, érotisme. Siegel se permet même un happy-end digne d’une parodie de mélodrame. Vainqueurs de l’armée française, Hogan et Sara qui désormais forment un couple, reprennent la route du désert. Alors que la bête ouvre la voie sur son beau et grand cheval, la belle le suit sur son âne, paré d’une robe rose bonbon et d’une ombrelle des plus raffinées. Un accoutrement bien entendu contre-indiqué pour toute traversée du désert, mais qui met un terme avec dérision et à un métrage épatant.
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