Norway of Life est le second long métrage de Jens Lien. Le film, qui a obtenu plusieurs récompenses dont le Grand Prix du Festival du Film Fantastique de Gérardmer ainsi que trois Amanda Awards, qui sont l’équivalent norvégien de nos César, inspecte l’absurdité moite de nos sociétés et de leur confort "à monter soit même", à l’image des célèbres meubles en kit du voisin Suédois.Andréas sort d’un bus et débarque dans un désert vide où seul un homme l’attend. Le silence sourd est rythmé par une pancarte qui grince.
L’allusion à Il était une fois dans l’Ouest est plus qu’évidente.
Notre personnage va t-il chercher ce qu’il lui manque ? Veut-il trouver une
réponse à ses origines ?

C’est presque cela sauf qu’ici Andréas est passif, on lui donne un travail,
un appartement et une femme. Avec tout cela, il devra vivre mais il va être
très vite rattrapé par un souvenir, un malaise. Dans ce monde rectiligne,
on constate l’absence de goût, l’absence d’odeur. Les gens semblent
inconscients de tout cela et inconscients d’eux-mêmes, ils n’ont pas
d’objectif, pas d’envie. Andréas découvrira un endroit, un trou d’où sort
une odeur, une odeur qui lui rappelle qui il est vraiment, il veut s’enfuir.
Jens Lien nous asphyxie pendant près d’une heure et demie. Sa mise en scène traduit bien cette société dans laquelle il nous plonge. Une société sans
saveurs où tout le monde ne pense qu’à décorer leurs intérieurs, il serait
dommage de réduire ce film à une critique d’une certaine société sur
consommatrice, l’enjeu n’est pas là. Andréas se rend compte que tout est faux, finalement qu’est-ce qui est vraiment réel dans ce que nous vivons ? Nous créons nous-mêmes nos propres bonheurs et malheurs mais finalement peut-être que nous ne faisons qu’imaginer, au final il faut bien faire semblant d’y croire.

Ce film nous renvoie bien à notre propre absurdité. Les décors sont aseptisés, peu de couleurs existent, la lumière créée par John Christian Rosenlund nous rappelle celle d’ un certain Steven Spielberg. Une lumière blanche tamisée, caressant magnifiquement bien les acteurs, aucun contraste ne subsiste. Le son n’a pas d’aigus, tout est enveloppé, sourd. Ce monde est insupportable, nous sommes dans la peau d’Andréas qui comme nous, flotte entre l’inconscience et un désir de liberté. Cependant ce personnage voulant sortir coûte que coûte de son monde (au point de se jeter régulièrement sur les rails du metro) nous rappelle notre envie parfois de sortir du cinéma. L’intrigue tente avec quelques maladresses de nous tenir en émoi, notamment un flash-back au début qui aurait pu ne pas être là. Evidement, pour coller au sujet, le réalisateur veut nous faire ressentir ce vide, cette absurdité, et, au moins en partie, il y parvient. Le montage est très étiré, les plans sont longs et lents ce qui à tendance à nous oppresser. Finalement, ce film est désagréable mais relativement réussi cependant. On peut imaginer que son propos exprimé en court métrage aurait été plus efficace.