Un tournage top-secret, le comique préféré des français et une mannequin décoloré, Luc Besson signe avec Angel-A son dixième long-métrage en tant que réalisateur...André a des problèmes d’argent, se sent mal dans sa peau et même les flics ne veulent pas de lui, alors c’est décidé il enjambe la rambarde du pont Alexandre III. C’est Paris, c’est l’été, c’est en noir et blanc.

Une nouvelle fois, Besson filme un personnage tourmenté qui ne finit par trouver son salut que dans l’amour d’un autre. Son cinéma repose sur l’équilibre du couple. L’équilibre entre l’innocence pataude de Léon et la triste lucidité de Mathilda (Léon), le côté mal dégrossit de Korben Dallas et la pureté de Leeloo (Le cinquième élément), l’animalité de Nikita et la rigueur du flic (Nikita)... Angela va elle rajouter dans la balance la grâce et l’insouciance qui manquent à André. Le cinéma de Luc Besson est une quête du complémentaire.
Seulement une fois les deux pièces du puzzle rassemblées, il n’y a plus rien à dire. Dans Angel-A comme dans les films précédents les deux personnages principaux se disent à quel point ils ont besoin l’un de l’autre, et se le répètent à l’infini. Chaque scène pourrit un peu plus le film jusqu’à le rendre totalement imbuvable.
Heureusement, un Jamel Debbouze véritablement touchant et une Rie Rasmussen à la gestuelle et à l’accent délicieux nous font passer la pilule ("Le cinéma, c’est juste de l’aspirine pour soulager la tête et encourager les rêves." nous assène Luc dans le Première de Janvier).

Dommage. Car sans conteste Besson est un homme de cinéma. Il sait s’entourer des acteurs les plus talentueux mais, trop pressé qu’il est de satisfaire le spectateur, saborde à chaque fois ses films au bout de quelques scènes. Il n’y a de bon que le teasing. L’attente et l’espoir de voir enfin une réussite. Angel-A sera peut-être son dernier long-métrage, un film qui glisse doucement sur la Seine d’une rive à l’autre jusqu’à l’apothéose où Besson filme Rasmussen déguisée en logo Europa Corp. Depuis les bureaux de sa société de production, Besson a permis à quelques excellents films (dont le récent Trois enterrements) d’exister. Et pour cela je le remercie.