Munich (Un film de Steven Spielberg)
Une nouvelle frontière dans la filmographie de Spielberg
Par Céline Noblet, le 31 janvier 2006 2006
Munich est un film qui, comme son sujet (les représailles israéliennes en réponse à la prise d’otage tragique des Jeux Olympiques de Munich de 1972, se doit d’être approché avec prudence. Son côté lisse esthétiquement et sa vision peut-être trop humaniste, peuvent amener à mépriser le dernier Spielberg. Mais ce mépris cache l’ignorance de la difficulté à aborder de loin ou de près le conflit israëlo-palestinien ainsi que les risques encourus par la production et le cinéaste lui-même.

Il est toujours intéressant de se pencher sur les films de Steven Spielberg abordant la violence (Il faut sauver le soldat Ryan et La Liste de Schindler entre autres). Le réalisateur croyant en la bonté innée de tout homme, la violence et sa représentation forment une des limites de son cinéma, une frontière entre son oeuvre passée et ce vers quoi il semble pouvoir encore progresser.

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Il est de bon ton dans une partie de la presse spécialisée, en manque de grands maîtres américains comme avant et pour accorder une légitimité à des cinéastes "populaires", d’élever Steven Spielberg au rang d’auteur. Or, c’est surestimer un peu trop le talent de ce cinéaste qui s’enferme dans un certain classicisme, style néanmoins poussé dans ses retranchements et mis à l’épreuve quand Spielberg aborde des questions politiques et la représentation de la violence. Munich n’est néanmoins pas une révolution majeure dans le style du cinéaste, bien que ce film tend à un certain tatonnemment et au doute, à l’image de celui qui submerge progressivement les protagonistes au fil de l’exécution de la liste des palestiniens à abattre. Ce qui fait la force de Munich, c’est cette hésitation-même, entre un style excessivement classique et très sécurisant, des personnages pas entièrement mauvais, quelque soient leurs camps, et une certaine immédiateté dans la violence, livrée en bloc.

Ce tatonnement se révèle d’autre part, dans le côté très dialogué du film (selon Spielberg lui-même, Munich est son film où la parole occupe la place la plus importante), contrastant avec la violence froide et directe des attentats dirigés contre les organisateurs de la prise d’otages de Munich. "Munich contient plus de rôles parlants que tous mes films précédents", constate Steven Spielberg. "Cette abondance, dans le cadre d’une histoire se déroulant à plusieurs niveaux, dans divers pays et sur plusieurs années, m’obligeait à rendre le moindre de ces personnages aussi intéressant que les cinq protagonistes du drame.".

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Cette profusion de la parole chez un cinéaste qui est surtout maître dans l’art de mettre en scène l’action, est d’une part une avancée dans son style, mais appuie également le parti pris du film, celui de la neutralité et du pessimisme, le conflit entre les deux peuples ne semblant à l’évidence ne pas pouvoir trouver de résolution. Et l’humanité de chaque protagoniste du film, jusqu’aux terrosites de Septembre Noir, renvoie également à cette vision : il n’y a visiblement pas de solution au conflit, celui-ci ne dépendant plus de cette capacité à être humain commun à chaque homme, tout comme le fait que cette guerre ne se situe pas que dans le pays qui en est l’objet mais à l’échelle mondiale.

Au-delà du style assez neutre et hiératique de Spielberg, au-delà de l’humanisme de ce dernier qui risque à tout moment de verser dans une profonde naïveté, Spielberg (ayant reçu des menaces de mort et de claires désapprobations aussi bien du côté des israëliens que de la part des palestiniens), reconsidère le conflit israëlo-palestinien à l’échelle de l’humain englouti dans la violence, n’ayant aucune chance de réémerger. La scène paroxystique du film dans laquelle Avner (Eric Bana), à la tête de l’équipe devant accomplir l’opération de représailles La Colère de Dieu, est obsédé par les images de la prise d’otage alors qu’il fait l’amour à sa femme, peut être perçue comme ridicule mais cristallise de manière brute cet échec de l’humain et de l’individu face à un dialogue de violence entre deux peuples.

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Il faut noter au passage la qualité du casting du film, à tous les niveaux, et surtout l’exigence dans le choix des acteurs francophones : Michael Lonsdale, Mathieu Amalric (Rois et Reines), Yvan Attal, Marie-Josée Croze (Les Invasions Barbares) et Matthieu Kassovitz.

L’excès d’humanisme et l’apparente neutralité du film peuvent être mal reçus, mais il faut songer aussi que les origines juives de Spielberg ont très probablement rendu la manoeuvre et la prise de position délicates. Par ailleurs, ce film n’a rien de naïf dans un pays tel que les Etats-Unis où l’idéologie post-11 septembre imprègne de manière très lourde et complexe la majeure partie de la production cinématographique du pays. Un film qui pointe le doigt après la guerre en Irak sur un conflit alimenté par une succession d’attentats et de représailles militaires ne peut être méprisable et vaut très certainement mieux que le documentaire Un jour en septembre de Kevin McDonald, réalisé en 1999, faisant l’objet d’une sortie en salle la même semaine que Munich, et visiblement très marqué idéologiquement.

Images : © Universal Pictures






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

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  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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