Vincere (Un film de Marco Bellocchio)
Vaincre
Par Chloé Pangrazzi, le 14 décembre 2009 2009
Vincere. Vaincre. Slogan célèbre des chemises noires dirigées pas Benito Mussolini dit le Duce. Cet homme qui entraîna l’Italie dans le fascisme, cacha durant toute sa vie l’existence de son fils et de sa deuxième femme Ida Dalser. Nous sommes en 1907 à Trente et nous assistons au premier discours de Mussolini, devant une assemblée peu docile. Seule une femme semble sensible à cet homme agité et impertinent, qui remet en cause l’existence de Dieu. Premier discours politique. Premier regard envouté. Nous entrons d’ors et déjà dans la problématique complexe de ce film ambitieux, la soumission et la dévotion à la fois amoureuse et politique.

Nous sommes en 1914 à Milan, Ida Dalser et Mussolini se retrouvent et deviennent des amants passionnés. Mussolini commence à prendre de plus en plus d’envergure dans le monde politique et continue ses discours endiablés dans lesquels il témoigne de son goût pour la guerre et pour le nationalisme. Ida aide à l’édification de la carrière politique de Mussolini. Au moyen de sa dévotion, elle le fait exister. Ida admirait la force expressive de Mussolini qu’elle aidera à devenir Le Duce. L’homme qui par amour du pouvoir, la reniera et l’enfermera de force dans un hôpital psychiatrique, la privant de sa liberté et l’empêchant de voir son fils.

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Le pari de ce film audacieux est de faire de la soumission un objet central. Qu’elle soit amoureuse ou politique, l’acceptation de l’autorité rend les êtres humains dociles et résignés. Le peuple italien, a qui Mussolini fait croire à une possible rédemption, reste fidèle aux propos fascistes. Ces témoignages de patriotisme sont ostentatoires et se présentent sous la forme de cérémonies publiques. Ces hommages rendus à cet homme politique sont insoutenables pour Ida, sa femme oubliée. Elle envie, chaque personne pouvant approcher le Duce en qui elle voit toujours l’homme qu’elle a aimé. Pourtant pendant la seconde partie du film, elle ne pourra le désirer et le haïr qu’au travers des écrans en plein air qui présentent l’homme idolâtré par toute une nation. Mussolini devenu le Duce est un homme qui fut porté au sommet grâce à l’amour sans limite d’une femme, en qui l’on peut voir le peuple italien qui subira également, des années plus tard, la désillusion et le désespoir. Ida est une personnification de l’Italie. Italie qui portera en Mussolini une foi incommensurable et qui, comme Ida finira par mourir d’avoir aimé le Duce. Belocchio arrive à associer avec une maîtrise incontestable, l’Histoire et l’histoire.

Vincere est une composition extrêmement complexe. Belocchio rend au cinéma ses couleurs d’antan, quand il était encore une synthèse de tous les arts. Le film foisonne de références cinématographiques, contemporaine de cette époque, la projection du Kid, de Charlie Chaplin, offre une scène magnifique ou Ida Dalser se laisse aller, pour la première fois, à une tristesse calme et pure. Loin des scènes hystériques dans lesquelles elle tente de prouver sa bonne foi et son statut d’épouse légitime du Duce. Mais Bellocchio pousse encore plus la loin sa réflexion sur les mécanismes de cette politique totalitaire, en dédoublant le personnage de Mussolini. Dans la première partie du film, celui-ci est interprété par Filippo Timi, et dans la deuxième les images d’archives, dans lesquelles nous voyons un homme vieillissant et presque grotesque, prennent le relais. Ce pari rempli par Bellocchio montre la toute puissance de ce personnage et l’incapacité pour Ida d’accéder au statut qu’elle convoite. Mussolini est un personnage historique connu et reconnu, son histoire d’amour avec Ida Dalser doit rester au rang de fiction aux yeux de tous pour préserver son intégrité. Vincere rend compte de cette exigence d’une manière très pertinente en alternant des scènes purement cinématographiques et des images d’archives.

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Bellocchio nous offre un film empli d’expressivité et de poésie. Un film bouleversant, qui malgré quelques petites longueurs, porte en lui des scènes magnifiques. Vincere est un chaos amoureux et politique porté par des acteurs fabuleux (Giovanna Mezzogiorno et Filippo Timi). La musique composée par Carlo Crivelli, est une des meilleures créations réalisées pour le cinéma depuis ces dernières années. Un film d’une qualité et d’une pertinence incontestable. Magnifique.

Images : © Daniele Musso






A l’occasion de la sortie du dernier film de Jacques Audiard, Un prophète, Fin de Séance vous propose un top 5 consacré aux films de prison.

  1. Down By Law de Jim Jarmush
  2. La Grande illusion de Jean Renoir
  3. Hunger de Steve McQueen
  4. La Grande évasion de John Sturges
  5. L’Évadé d’Alcatraz de Don Siegel

Sans oublier Midnight Express et La Vie de David Gale de Alan Parker, Le Reptile de Joseph L. Mankiewicz, Cube de Vincenzo Natali, et Au nom du père de Jim Sheridan.



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