Andrew Niccol nous présente sans aucun doute le meilleur film de ce début d’année : une prise de position politique qui ne tombe jamais dans les bons sentiments.Yuri Orlov était un jeune immigré ukrainien dans l’Amérique de Reagan. En pleine Guerre Froide, le jeune Yuri comprit, après avoir assisté à une énième fusillade dans son quartier pauvre de Little Odessa, que ces armes utilisées quotidiennement pourraient être les siennes...
Ainsi commence l’ascension de celui qui allait devenir à la fin des années 1990 le plus grand trafiquant d’armes de la planète. Partageant son temps entre les beaux quartiers new-yorkais, les arsenaux abandonnés d’Europe de l’Est et les palais des plus terribles dictateurs africains, Yuri Orlov nous amène avec lui dans cette radicale descente aux enfers. Poursuivi sans repit par un agent d’Interpol, Jack Valentine (Ethan Hawke), c’est pourtant par sa propre conscience qu’il sera finalement rattrapé.
Andrew Niccol nous porte avec une brillante mise en scène vers un univers de barbarie et d’immoralité, vers des lieux où la raison et l’esprit ne sont plus que de lointains souvenirs.
Un double sentiment de malaise et de fascination saisit le spectateur impuissant au plus profond de son âme à la vue de cette apocalypse romancé. Ce sentiment dérangeant vient du fait qu’il s’agit beaucoup plus que d’un simple drame, mais de la réalité elle-même puisque nous assistons sans bouger à la chute de l’URSS et à la vente des armes de toute l’Europe aux chefs de guerre les plus sanguinaires, le tout, avec le soutien de hauts gradés des pays développés. Certes, comme le rappelle un Yuri joué avec talent et humanité par Nicolas Cage, « ce n’est pas notre guerre ». Mais le mal est fait et l’on comprend que les choses doivent changer.
Les plus grands responsables n’étant pas, comme le souligne consciemment la fin du film, ces vendeurs « free-lance », mais les grandes puissances membres du conseil de sécurité des Nations Unies qui les utilisent pour soutenir officieusement les ennemis de leurs ennemis.