La cinquantaine, le coeur en friche, des nord-américaines qui, ne trouvant pas assez d’exotisme ou de jeunesse aux hommes de leur contrées, vont faire leur marché au tiers-monde.Tout est organisé, un hôtel club haïtien et sa plage de sable blanc sont le terrain des ébats bon marchés de ces femmes en crise. Libération des femmes, le tourisme sexuel leur est ouvert. Partant de ce constat terrifiant le film nous dit l’inconscience crasse qui amène ces femmes à pourrir un peu plus la vie de misère de ces enfants perdus.
Vers le sud mais pourquoi ? Le titre évoque, semble-t-il, le mouvement de ces femmes du nord, c’est à dire des pays riches, vers le sud et son tiers-monde. En réalité, le film ne montre pas ce mouvement. Un hall d’aéroport qui ouvre et (presque) ferme le film fait l’effet d’un sas par lequel on pénètre dans le décor. Les motivations de ces femmes et la réalité de leurs vies en Amérique du Nord ne sont suggérés que dans leurs discussions. Le spectateur est ainsi parachuté dans le cadre idyllique de ces îles paradisiaques, et ne pas voir ces femmes ailleurs est problématique.
En effet, dans le contexte de leurs vacances à Haïti, elles se décrivent elle même comme "différentes". Mais alors "différentes" de quoi ? Les trois femmes autour desquelles s’organise le film apparaissent absolument pathétiques, personnages sans profondeur au comportement gamin, elles traînent une sorte de pouvoir de séduction imaginaire, et se complaisent dans leurs rêves de grandeur. Le sud fait d’elles des reines et c’est ce qui les fait jouir.
Mais Vers le sud fait état de toutes les faiblesses de ces "films sujets", armés pour dénoncer ceci, braquer les projecteurs sur cela. Transfuge des docu-fictions télégéniques, Vers le sud abuse du format interview et des plans qui font vrais. Pour nous signaler que rien n’est terminé et que la lutte doit continuer, le film se termine sur l’une de ces femmes, qui songeuse, nous dit en off toutes les îles qui lui restent à visiter ; parce qu’à Haïti elle ne peut plus, son gigolo est mort. Alors qu’est-ce que Vers le sud ? Un film inerte qui constate combien les hommes (femmes comprises) sont des salauds ? Une publicité pour les associations humanitaires ?

On a pu voir récemment un film qui, de manière similaire, prônait l’ultra-réalisme et s’intéressait à une situation de crise insoluble. Ce film s’appelle L’Esquive. Quelle différence ? Il s’agit essentiellement d’une différence de point de vue. Dans Vers le sud, le positionnement de la narration n’a aucun sens (d’ailleurs l’affiche ment en nous positionnant aux côtés du jeune haïtien), on se tient ici, ou plutôt nul part, et on voit ces femmes et ce qu’elles font. Or elles sont présentées comme des garces, et parce qu’on cache les causes de leurs actes, tout ce qu’elles pourront dire pour se justifier sera pris comme un mensonge.
Dans L’Esquive le point de vue est clair, c’est celui des jeunes. Maintenant imaginez que pendant deux heures on suive des flics qui, sans raisons apparentes, passent leur temps à tabasser des gamins en répétant : "Vu la vie qu’on a à la maison faut bien qu’on se défoule" le film pourrait paraître réaliste, il dénoncerait une crise, mais il serait insupportable et ennuyeux.
A cheval entre un cinéma méditatif qui se refuse à désigner les causes (citons le très beau Elephant de Gus Van Sant) et ces films brûlots dénonçant les errements d’une société en ruine (De bruit et de fureur de Jean-Claude Brisseau), Vers le sud nie d’emblée toutes les alternatives et condamne le spectateur hébété à l’ennui.