Derrière la caméra pour la première fois de sa carrière, James De Monaco (scénariste du Négociateur) nous livre un métrage en demi-teinte. On reviendra, plus loin, sur les raisons de cet "échec", mais revenons dans un premier temps sur la promo mensongère qui entoure la sortie du film en France...Dans sa version originale, Little New York s’appelle "Staten Island, New York". Le titre américain est donc moins trompeur que celui imposé par EuropaCorp (Luc Besson a produit le film), qui a clairement souhaité lui donner une connotation générique particulière, orientée vers le film de gangsters et le polar (l’affiche va dans ce sens). Ce qui n’est à priori pas l’ambition première de James De Monaco, qui derrière "Staten Island, New York", affichait clairement ses intentions de dresser le portrait d’un lieu précis, en l’occurrence cette banlieue de New York qui vit dans l’ombre de Manhattan... Finalement, Little New York a plus à voir avec Desperate Housewives qu’avec les polars de Scorsese ou James Gray, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.

De mafieux comme de petites frappes, il en est pourtant question dans ce métrage, mais à doses diluées. Trois personnages (et autant de chapitres avant que la boucle ne se boucle pour de bon dans un finale couru d’avance) qui ne se connaissent pas, interagissent pourtant dans un même milieu, celui de la mafia de Staten Island. L’énorme (dans tous les sens du terme) Vincent D’Onofrio campe un truand qui rêve de voir son gang contrôler toute l’île. Ethan Hawke est un vidangeur de fosses septiques prêt à tout pour offrir à sa femme un bébé intelligent (comprendre par là qu’il est prêt à adhérer, moyennant 50.000 dollars qu’il volera au mafioso cité plus haut, à un projet scientifique capable de manipuler l’ADN des embryons...). Enfin Seymour Cassel, boucher sourd et muet, il arrondit ses fins de mois en découpant en rondelles les cadavres que lui apportent les hommes de main de D’Onofrio.

On se croirait chez Iñárritu et Arriaga, d’autant que Little New York rejoue à trois reprises la scène de l’épicerie, où nos trois personnages se croisent (dommage que le script se soit endormi, et qu’il n’ait pas relevé les erreurs de dialogue d’une version à l’autre de cette même scène - mais peu importe). James De Monaco a la bonne idée de s’intéresser vraiment aux êtres qu’il filme. On s’amuse de voir D’Onofrio interrompre un interrogatoire musclé pour aller tenter de battre, en pleine nuit, un record du monde d’apnée dans une piscine. On peut aussi être touché par le personnage de Seymour Cassel, dont la vie alterne entre la découpe de cadavres et les courses hippiques. On reste toutefois plus insensible à la trajectoire tragique du troisième larron, surtout qu’Ethan Hawke ne semble jamais être à la hauteur du rôle. Ce chapitre là est clairement le plus faible du métrage.

Dans l’ensemble, De Monaco ne concrétise que trop rarement les bonnes idées d’un scénario qui a trop vouloir décontenancer le spectateur, finit par se prendre les pieds dans le tapis. On ne sait jamais par quel bout prendre ce Little New York, tant on peine à rire et à s’inquiéter pour les personnages. Pire encore, et alors que le film suit son petit train-train monotone, le néo-cinéaste s’attarde sur certaines mauvaises idées, comme ce tree-sitting entamé par le parrain local en faveur de la sauvegarde d’une forêt amérindienne, et qui accouche de longues séquences inutiles. A trop vouloir imprégner la pellicule du destin de ses personnages, De Monaco multiplie les digressions plus ou moins intéressantes, et auraient du prendre plus de temps pour boucler entièrement et correctement son affaire.