Rien que pour vos cheveux (Un film de Dennis Dugan)
You Don’t Mess With the Zohan
Par Julien Hairault, le 11 septembre 2008 2008
Le titre de l’article rend hommage au titre original du film de Dennis Dugan, maltraité par les distributeurs français, qui ont accouché d’un débile Rien que pour vos cheveux, qui arrive à lancer le spectateur sur une fausse piste, puisque cette comédie est moins l’histoire d’un homme qui arrive aux Etats-Unis pour poursuivre un rêve (devenir coiffeur), qu’un pamphlet satirique sur l’interminable guerre qui oppose israeliens et palestiniens.

Rien que pour vos cheveux met en scène Zohan, super-soldat israelien insensible à la douleur qui décide d’abandonner son poste (las de de devoir se battre contre Phantom, le super-soldat palestinien) dans l’armée pour rejoindre New-York et son rêve : devenir coiffeur ! Co-écrite par Judd Apatow (l’auteur du tiercé gagnant Quarante ans toujours puceau, En cloque mode d’emploi et Supergrave) et le comédien Adam Sandler, cette comédie délirante et grossière redonne au comique culte de la fin des années 90 (Happy Gilmore et Waterboy ne sont pas loin du statut d’oeuvres cultes aujourd’hui), l’occasion de donner de sa personne à travers un script aussi énorme que politiquement incorrect.

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Le film commence vraiment une fois que Zohan s’est posé sur le sol américain. L’épisode israelien qui précède est décevant. S’il permet d’introduire le personnage principal et son rival (John Turturo joue avec délice le Phantom), il enchaîne surtout quelques gags plutôt niais qui laisse présager une comédie poussive et sans grande originalité, dont on retrouvera quelques travers lors du dernier quart d’heure foutraque et convenu.

Heureusement, Rien que pour vos cheveux abandonne vite le terrain de la comédie d’action pour glisser vers celui de la satire politique. A New-York, Zohan l’israelien est embauché dans le salon de coiffure de la belle Dalia (Emmanuelle Chriqui), une palestinienne. En Amérique, juifs et arabes ne se font pas la guerre, malgré l’existence de quelques tensions. Dans une même rue, les deux communautés se font face, chacune sur leur trottoir, mais le film prend bien soin de mettre en scène au second plan un incessant ballet de figurants traversant la route en signe d’entente cordiale. Apatow et ses co-scénaristes s’autorisent toutefois à jouer des clichés, comme le faisait Borat il y a quelques années, sur ces deux peuples pour pointer du doigt un certain racisme ambiant, celui de personnages américains moyens comme dans le film (les dames dans le taxi, ou les rednecks demeurés), ou plus simplement celui du public. Faire rire le spectateur de ses propres défauts : telle semble être la motivation première de ce long-métrage. Celle-ci s’accompagne d’un autre objectif : faire d’une comédie américaine dégénérée, un pamphlet politique virulent.

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Le dernier film de Dennis Dugan est un nouvel exemple du potentiel hors-norme des comiques hollywoodiens aujourd’hui. Le mélange de gags grossiers, de burlesque et de satire politique témoigne d’une vitalité dans l’écriture qui ne trouve aucune équivalence dans le reste du monde à l’heure actuelle. Rien que pour vos cheveux possède même une touche rétro qui lui va à merveille. Lors d’une séquence mémorable rythmée par un vieux tube dance des années 90, Zohan impose son style au salon de coiffure en culbutant chacune de ses clientes dans la remise de l’établissement (et celui n’est pas fréquenté que par des bimbos). Plus tard, un match de footbag (mélange de foot et de jonglage) opposant Israel au Liban, sera marqué par le retentissement d’une musique disco à chaque fois qu’une équipe marque un but, entraînant le délire dans une salle comble et en folie, dans laquelle on trouve John McEnroe et Mariah Carey, parfaits dans leur caméo respectif.

Mais le véritable tour de force du film, qui soulignons-le, n’est pas toujours bon dans le créneau de l’humour débile, réside bien dans ce qu’il pulvérise d’idées reçues sur la question israelo-palestinienne, et le traitement comique que l’on peut faire de ce conflit. Rien que pour vos cheveux dénonce le terrorisme en le ridiculisant. Grande trouvaille que la boîte vocale du Hezbollah, qui si vous tappez sur la touche 4, vous renvoie vers le service "Attentats"... Encore mieux, au coeur de la campagne présidentielle américaine, le métrage de Dugan tourne en dérision les candidats McCain, Clinton et Obama, mais s’autorise surtout une féroce caricature d’une Amérique raciste (les propos tenus par les rednecks font froid dans le dos) et libérale (les entrepreneurs immobiliers veulent détruire le quartier pour le remplacer par un centre commercial).

Le discours anti-républicain du film nous permet d’oublier une vulgarité un peu trop assumée parfois, et le jeu d’Adam Sandler, qui s’il n’est pas le plus mauvais des comiques américains, a du mal à rivaliser avec ses contemporains Ben Stiller et Jim Carrey. Rien que pour vos cheveux est une comédie inégale qui mérite quand même le détour au regard de quelques séquences incroyables, et de son propos politique ravageur qui ne se refuse rien. La première limite de ces comédies U.S. est peut-être de ne pas s’en définir.

Lire l’analyse critique de Borat

Images : © Sony Pictures Releasing France






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